Deux mondes à part (3)

© Basmala Al Kabra, Azra Sayilir et Joelle Sevik, 4A

CHAPITRE 3

Je sortis de l’hôpital et je décidai d’aller rendre visite à mon père qui s’était installé récemment en Turquie. J’étais étonnée qu’il ne soit pas venu me rendre visite à l’hôpital. Mon père s’appelait Hadi Hamiyeh. Lui et ma mère divorcèrent quand j’étais jeune, c’est pour cela qu’ils vivaient séparément. Mon père et moi ne vivions pas dans la même maison car j’avais mon propre appartement mais je lui rendais visite assez souvent, même si nous ne n’étions pas extrêmement proches.

Mon père est un écrivain, plus précisément le créateur d’une bande-dessinée connue nommée « W : La vie tragique de Arthur », une série policière. Elle est disponible en livre et en ligne sur le site internet de la bande-dessinée. C’est la BD la plus populaire du Liban avec plus de cinq millions d’exemplaires vendus. Son personnage principal en est Arthur Parker, médaillé d’or de tir aux Jeux olympiques.

Pour vous résumer un peu l’histoire : Le héros, Arthur Parker, né en France en 1990, est co-directeur de JN Global, une émission de télé. L’histoire commence 12 ans plus tôt, lorsque le jeune Arthur gagna la médaille d’or de tir aux jeux olympiques. Beau, talentueux et assidu, il devint une vedette nationale. Mais un jour, toute sa famille fut assassinée mystérieusement et sa vie vira au cauchemar sans fin car il fut arrêté comme suspect principal. Le problème était qu’il n’y avait pas d’autre suspect, alors Parker fut condamné à mort en première instance, puis à la prison à vie après avoir fait appel.
Finalement, la Cour suprême le déclara non coupable par manque de preuves. Mais ses malheurs ne se terminèrent pas là. Lorsqu’Arthur rentra chez lui au bout d’un an de prison, il n’arrivait pas à accepter le fait que sa famille ne soit plus en vie. Il ne supportait pas les regards méprisants des gens qui le considéraient comme un meurtrier. Il vécut un an de désespoir puis décida de mettre fin à ses jours en se jetant du pont « Shanghila » (un pont qui se trouve au-dessus de la mer). Arrivé sur le pont, tous les mauvais souvenirs lui revinrent brusquement.
Il était en colère. Au cours de sa brève existence, il n’avait jamais imaginé une mort pareille. Il se sentit impuissant et allait se jeter du pont. Mais au dernier moment, une pensée lui vint soudainement et juste avant qu’il ne soit trop tard, il attrapa l’un des barreaux du pont. Le jeune garçon décida de se battre plutôt que de mourir. Il ne pouvait pas perdre la vie sans attraper le vrai coupable. Alors, il se jura de trouver le meurtrier avant de mourir.
Arthur décida de créer une émission de télé pour retrouver le vrai coupable et ceci fonctionna très bien. Il faisait du bien autour de lui et défendait toujours les personnes qui se faisaient agresser. Les gens commencèrent à l’admirer et à le prendre pour un héros. Au fil du temps, grâce à son projet, il devint une énorme célébrité dans son pays et les gens l’admiraient pour tous les efforts qu’il fournissait afin de trouver ce fameux tueur.
Arthur devint aussi l’une des personnes les plus importantes et riches du pays. Après la création de son émission de télé, il devint multi-millionnaire avec une fortune de 800 millions d’euros et habita dans un « penthouse » (une sorte de grand appartement luxueux).  Enfin, la suite de l’histoire était composée des péripéties de ses aventures pour trouver le tueur… mais ne rentrons pas dans les détails plus que ça. 

Arrivée chez mon père, Su-Bong, un jeune homme coréen de 27 ans qui travaillait avec celui-ci m’accueillit en me disant que mon père avait disparu et qu’il ne le retrouvait plus. Su-bong était le dessinateur de tous les arrière-plans de la bande dessinée. Pendant que j’entrais dans la maison, Su-Bong dit d’un air apeuré :  
« En fait je n’ai plus de nouvelles de lui depuis hier soir, j’ai appelé ses bars préférés et ses amis mais personne ne l’a vu et il a même laissé son téléphone, son portefeuille et ses clés de voiture. En plus, le délai pour le prochain chapitre est à 16 heures mais il ne m’a laissé aucune instruction et je ne sais pas quoi faire ! »

Bon, au moins ça expliquait pourquoi mon père ne m’avait pas rendu visite. Su-bong m’expliqua aussi que mon père voulait mettre fin à la bande dessinée. Nous le cherchâmes partout dans la maison mais il n’était nulle part. Puis, nous rentrâmes dans son bureau et Su-bong me dit :
« Devrais-je prévenir les éditeurs ?
– Attendons un peu, on a encore le temps.
– Tu sais ce qui est le plus bizarre ? J’ai travaillé ici toute la nuit et je ne l’ai jamais vu sortir de la pièce. Cette nuit-là, il était 20 heures et je suis entré dans son bureau pour lui demander s’il voulait boire un café. Il m’a répondu que oui mais qu’il voulait son café à 20h30. Mais à 20h30, lorsque je suis venu le lui apporter, il n’était plus là et je ne l’avais même pas vu sortir de la maison. Je l’ai cherché partout mais il était introuvable. Je pensais qu’il allait revenir le matin mais il n’était toujours pas là et c’est à ce moment que tu es arrivée. C’est étrange non ?
– Oui, très étrange.
– J’appelle la police ?
– Cela ne fait pas 24 heures, attendons encore un peu. Il a dû en avoir marre de travailler et il est sorti prendre l’air.
– La nuit, sans prévenir personne ? Sans argent, sans portable ?
– C’est aussi un être humain, il doit être triste de dire adieu au personnage qu’il a dessiné durant 10 ans !
– Quoi ? M. Hamiyeh ? Il n’était pas triste du tout, il a dit qu’il en avait marre de lui et qu’il voulait le tuer.
– Le tuer ? Tuer qui ?
– Arthur Parker. Il a dit qu’il allait le tuer dans la dernière scène.
– Il ne va pas tuer Arthur, c’est n’importe quoi !
– Si ! Je l’ai vu ! Attends un peu. Viens, je dois te montrer quelque chose, ne le dis à personne, d’accord ? »

Il alluma la tablette électronique de mon père et une scène horrible s’afficha. Arthur Parker était là, allongé au sol et couvert de sang. Il avait l’air presque mort. J’étais choquée ! Le héros de ma BD préférée était mort ! Je m’exclamai :
« Pourquoi as-tu tué Arthur, pourquoi ?
Su-Bong me répondit :
– Je ne l’ai pas tué ! Pourquoi le faire mourir ? C’est insensé !
– Il est vraiment mort ?
– Regarde tout ce sang, comment peut-on survivre à une telle hémorragie ? J’y étais nettement opposé. Je n’ai jamais été contre une des idées de ton père, mais cette fois-ci j’étais absolument contre, j’ai même failli pleurer ! Mais M. Hamiyeh est tellement têtu ! Mon dieu. Il était vraiment décidé à le tuer d’une mort brutale, il a dit qu’il en rêvait !
– Impossible… 
– Si ça s’apprend en ligne, les gens seront furieux. Ils s’attendent tous à ce qu’Arthur attrape le tueur et se venge et au lieu de ça, il se fait tuer. » 

Je regardais l’image attentivement et tout à coup, je remarquai le tueur habillé tout en noir derrière le corps d’Arthur, alors je demandai :
« C’est lui, le tueur ! Qui c’est ?
Su-Bong répondit :
– Je ne sais pas. Il ne me l’a jamais dit. Il a dessiné ça, puis il a disparu.
– Peut-être qu’il n’arrivait pas à terminer son dessin et voulait y réfléchir.
– Non, ce n’est pas ça, j’en doute. Il était vraiment résolu. Je te jure qu’il souriait, il avait l’air de s’amuser.
– Pourquoi prendre plaisir à dessiner la mort du héros ?
– Qu’est-ce que j’en sais ? Je ne suis pas dans sa tête.
– Peut-être qu’un fan cinglé a réussi à connaître la fin et à enlever mon père ?!
– Comme dans le film Misery ?
– Oui ! On devrait appeler la police, j’ai un mauvais pressentiment.
– Je les appelle tout de suite ! »

Su-Bong sortit de la pièce pour appeler la police pendant que je restais dans le bureau de mon père. Je commençai à fouiller un peu dans ses affaires et je vis une photo au coin du bureau. C’était une photo d’un ogre qui mangeait un humain, ce qui était très bizarre. Derrière celle-ci, il était inscrit : « je le dévorerai avant qu’il ne me dévore ». Étrange…
Tout à coup, je me tournai vers l’écran et j’aperçus une sorte de bug, comme si l’image grésillait mais ça n’attira pas mon attention plus que ça. Je me retournai pour voir les dessins du bel Arthur accrochés sur le mur quand, soudain, une main couverte de sang attrapa le derrière de ma chemise et me tira à l’intérieur de la tablette. Je poussai un cri mais je n’eus même pas le temps de réaliser ce qui venait de m’arriver et je me retrouvai sur le toit d’un immeuble ! J’étais abasourdie et plusieurs questions m’envahirent l’esprit. Mais où étais-je ? Que se passait-il ? Que faisais-je là ? 

Je marchai dans cet endroit inconnu puis soudain, je trébuchai sur quelque chose. Je baissai les yeux et je vis un homme couvert de sang. J’étais choquée. Je le secouai pour essayer de le réanimer mais ça ne valait pas le coup. Il avait deux plaies profondes et sa chemise était couverte de son sang. Je ne pouvais pas gérer cette situation seule alors je courus prendre les escaliers en ayant l’espoir de trouver quelqu’un. En arrivant à l’étage d’en dessous, je remarquai une grande cuisine avec des cuisiniers autour d’une table en train de cuisiner alors je m’exclamai :
« Pardon ! Appelez une ambulance ! Il y a quelqu’un qui meurt sur le toit !
Mais personne ne réagit alors je m’écriai :
– Vous m’entendez ?! Il a été poignardé et il va mourir ! Il ne va pas tenir longtemps, il a perdu beaucoup de sang !
Une cuisinière s’exclama en pointant du doigt un serveur et un cuisinier :
– Eh toi ! Va voir ce qui se passe et toi, appelle le gérant ! »

Je pris la serviette et le ciseau qui se trouvaient sur la table et je remontai à l’étage le plus vite possible. J’arrivai sur le toit et je m’agenouillai pour couper en deux la serviette que j’avais prise et juste derrière moi, arriva en courant le serveur qui, en voyant cette scène horrible, s’écria :
« C’est quoi ça ? Est-il gravement blessé ? Qui c’est ?
Je rétorquai d’un air paniqué :
– Je ne sais pas, l’ambulance arrive ? Vous l’avez appelée ?
– Oui ! Il y a une conférence de chirurgie en bas, ils sont en train de monter.
– Une conférence ? On est où ?
– Quoi ?
– C’est quoi ce bâtiment ?
– C’est un hôtel, l’hôtel Beyrouth prime.

Alors je me dis :
– Mais comment ai-je fait pour atterrir sur le toit d’un hôtel à Beyrouth ?
Je pris les serviettes coupées en deux et je les compressai sur les plaies du jeune homme. En voyant ce que je faisais le serveur s’exclama :
– Savez-vous ce que vous faites ? Attendons juste les médecins !
– Il faut compresser les plaies pour qu’il ne perde pas trop de sang ou sinon ce sera trop tard !
L’homme commença à respirer lourdement et je remarquai une petite bosse bleue sur son buste. Je m’étais longtemps intéressée à la médecine alors je m’exclamai :
– C’est un pneumothorax !
Le serveur ne sachant pas ce que c’était, rétorqua :
– Une quoi ?
– Un pneumothorax. Il faut absolument le percer mais je n’ai rien pour le faire ! »

Soudain, je remarquai un stylo Bic accroché à la poche du serveur. Je voulais l’utiliser pour percer ce pneumothorax mais je n’y connaissais rien et c’était trop risqué. Toutefois, l’homme commençait à s’étouffer et à respirer plus lourdement. Le serveur alors s’écria :
« Il va mourir ?!
Et d’un seul coup, je pris le stylo du serveur et je l’ouvris mais j’hésitai encore ! Si je ne faisais, ne serait-ce qu’une erreur, il mourrait et je serais tenue responsable ! Puis je m’écriai :
– Tant pis ! Les gens dans les séries le font bien eux !
Le serveur dit, paniqué :
– Madame, êtes-vous sûr que vous savez ce que vous faites ? Laissez-le si vous n’êtes pas sûr et attendez les secours !
– Mais je ne peux pas le laisser mourir ! »

Je levai la main et je le poignardai sur son pneumothorax avec mon stylo ce qui provoqua la réaction suivante : Il se pencha brusquement essoufflé en avant et nous nous regardâmes droit dans les yeux pendant plusieurs secondes. Puis, il se rallongea au sol en étant plus calme. Je retirai ma main tremblante du stylo resté sur son buste en pensant que je l’avais tué et à ce moment précis, les secours arrivèrent. Le serveur s’exclama :
« Il est mort ?! Il vient de mourir ! »

Les secours l’examinèrent un peu et affirmèrent que l’hémorragie et le pneumothorax était sous contrôle et que s’il n’avait pas été percé avant, l’homme serait probablement déjà mort. Je m’étais assise sur un banc qui se trouvait à côté et j’étais vraiment très fière de moi à ce moment-là. Puis, un homme vint vers moi et me dit :
« Bonsoir ! Je suis le gérant de l’hôtel, Ali Abi Khalil.
Le fait qu’il me parle en arabe m’étonna, mais je répondis :
– Bonsoir !
– Les secours ont affirmé que si personne n’avait été là pour contrôler l’hémorragie et le pneumothorax, il serait déjà mort. C’est grâce à vous, merci beaucoup ! Imaginez la réputation que notre hôtel aurait acquise si quelqu’un était mort ici.
– Ce n’est rien, pour une fois que mes intérêts en médecine me servent à quelque chose…
– Heureusement que vous l’avez trouvé, il est extrêmement chanceux ! Il faudra quand même faire une déposition à la police quand ils seront là.
– Oui, bien sûr.
– Comment vous appelez-vous ?
En lui passant ma carte d’identité je lui dis :
– Je m’appelle Elsy Hamiyeh, étudiante en architecture à l’université de Mayonsey.
– Vous dormez à l’hôtel ?
– Non.
– Alors, que faisiez-vous ici ?
– Excusez-moi ? »

Soudain, je repensai à la façon par laquelle j’étais arrivée là et je me rendis compte que je n’étais pas censée être sur le toit d’un hôtel et encore moins à Beyrouth. Puis, à ce moment-là, le serveur arriva en courant vers le gérant de l’hôtel et s’écria d’un air inquiet :
« Monsieur Abi Khalil ! C’est M. Arthur Parker.
Le gérant rétorqua d’un air étonné :
– Quoi ?
– C’est vraiment M. Arthur Parker, le PDG ! Je ne l’avais pas reconnu avec tout ce sang. Que fait-on ?
– Comment ça, c’est Arthur Parker ?! »

Ensuite, il se mit à courir affolé vers les secours qui étaient en train de transporter l’homme. A ce moment-là, je me dis : « Qu’est ce qui leur prend ? Qui est cet Arthur Parker ? Arthur Parker est le héros de la BD de mon père. Cet homme est peut-être connu ? Ah oui ! il y a un chanteur qui s’appelle Arthur Park- ah mais non c’est Artha ! » 

Et tout à coup, la scène de ce jeune homme plein de sang se joua en boucle dans mon cerveau et c’est là que je me rendis compte que… (nan, c’était impossible n’est-ce pas ?) Pour vérifier si ce à quoi je pensais était véridique, je m’approchai des secours qui étaient en train de le transporter. Ses yeux étaient ouverts et nos regards se croisèrent…

Basmala Al Kabra, Azra Sayilir et Joelle Sevik, 4A

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