Le dilemme du tramway

Le dilemme du tramway est une série d’expériences de pensée éthique en psychologie morale conçue sous une forme générale : une personne peut effectuer un geste qui bénéficiera à un groupe de personnes A, mais nuira à une personne B ; dans ces circonstances, est-il moral pour la personne d’effectuer ce geste ?

I – Son origine

Inventé en 1967 par la philosophe anglaise Philippa Foot pour son article sur l’avortement : The Problem of Abortion and the Doctrine of the Double Effect,ce dilemme a ensuite été analysé plus profondément par des philosophes et neuroscientifiques, et adapté par Judith Jarvis Thompson, mais il existe plusieurs versions similaires qui ont des dates bien plus anciennes.

II – Description de la problématique 

Vous voyez un tramway dévaler les rails en direction de cinq travailleurs qui ne peuvent pas entendre son arrivée. Si rien n’est fait, les cinq ouvriers vont sûrement mourir. Mais, il y a un levier pour dévier le train, et ceci va vous permettre de sauver les cinq ouvriers, mais tuera un seul travailleur sur son chemin.

Ceci vous confronte alors à deux options : 

  • Ne rien faire, et donc laisser le tramway écraser les cinq ouvriers
  • Ou alors, dévier le train et causer intentionnellement la mort d’un seul ouvrier sans sa volonté et sauver les cinq autres.

Que faites-vous ?

Si vous pensez comme la grande majorité (90 % des personnes interrogées) et choisissez de tuer l’ouvrier pour sauver les cinq autres, vous adoptez un point de vue utilitariste et donc essayez de maximiser le bien être général. Nous allons analyser plus loin l’idée plus profondément mais, pour le moment, ceci exprime simplement la priorité de la conséquence sur la morale de l’intérêt.

Il est aussi important de noter que les réponses changent grandement quand l’homme sacrifié est représenté comme un membre de la famille, un ami, etc. de l’interlocuteur.

-> Variante de l’homme obèse 

Cette fois-ci, vous assistez au même scénario, seulement vous n’êtes plus à côté d’un levier, mais sur un pont positionné juste au-dessus de la sortie du train fou. Devant lui, cinq ouvriers qui vont être écrasés, mais la vie leur sourit, et ils peuvent être tous sauvés si un objet de grande masse peut l’arrêter le train juste avant la collision. Juste à côté de vous se trouve un homme obèse qui arrêtera ce train et sauvera les cinq hommes si vous le poussez hors du pont et devant le train.

Supposons que, dans les deux cas, personne ne saura ce qui s’est passé et que les éventuels morts que vous aurez causés seront de simples accidents. Vous avez encore deux options.

  • Ne rien faire, et donc laisser le tramway écraser les cinq ouvriers
  • Ou alors, pousser l’homme, intentionnellement et sans sa volonté, devant le train pour le sacrifier et sauver les cinq hommes

Cette fois-ci, les réponses changent considérablement. Pourtant, les conséquences sont les mêmes. 

Environ 90 % des personnes interrogées  sont strictement contre le meurtre de l’homme, mais la plupart ne peuvent pas donner d’explication logique pour justifier pourquoi ils sacrifient les uns mais pas l’autre. Nos instincts et notre intuition nous disent simplement que c’est mal.

Mais quelle est la différence réelle entre les deux cas ?

III – L’utilitarisme et la doctrine du double effet

L’utilitarisme est une doctrine éthique conséquentialiste (qui juge la moralité d’une action ou règle uniquement par rapport aux conséquences obtenues) qui impose d’agir ou de ne pas agir pour maximiser « le plus grand bonheur du plus grand nombre ». 

Par rapport à ça, les vies des cinq personnes sont plus importantes que la vie d’une, mais alors pourquoi nos instincts s’opposent-ils tellement à tuer l’homme obèse pour sauver les cinq hommes ?

C’est là où la doctrine du double effet peut offrir une explication à nos deux instincts contradictoires.

La doctrine du double effet est une thèse et méthode pour déterminer si on doit agir dans une situation où les conséquences sont à la fois positives et négatives. Elle impose que l’action qui comporte des conséquences négatives soit juste d’une manière éthique si l’action elle-même est moralement bonne ou neutre. Le bon effet ne résulte pas du mauvais effet, le mauvais effet n’est pas directement voulu et le bon effet est plus fort que le mauvais effet, même si calculer la moralité d’une action n’est pas toujours évident. 

Donc pour résumer, le bon effet doit être le résultat de l’action et non du mauvais effet, et si le sujet pouvait attendre le bon effet sans le mauvais, il le ferait. 

Dans le cas de notre tramway, ceci explique que, comme on utilise l’homme obèse pour arrêter le train, la conséquence positive qui est représentée par les cinq vies sauvées est un résultat direct du mauvais effet, tuer quelqu’un. Donc, l’action est mauvaise, alors que pour la première expérience, les cinq hommes sont sauvés non parce que l’autre homme est mort, mais parce que le train a changé de direction. Si l’homme dans l’autre chemin avait couru, il aurait été sauvé et les cinq hommes auraient tout de même survécu. Mais si l’homme obèse avait pu se sauver, les cinq autres auraient obligatoirement été tués.

Et vous, que faites vous ?

Article de Defne Aren, 4B
Illustration de couverture par Istanbul Bayülgen, 5A

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