Un kaléidoscope de souvenirs (2)

Couverture originale d’Un kaléidoscope de souvenirs. © Maria Cringasu

Suite du CHAPITRE I

Mercredi 22 mars 2018,

L’horloge sonna alors que je me pelotonnais dans mon lit comme un chat sous les draps doux. Le soleil envahissait la salle et frôlait mes joues de son baiser chaud. Le vent perçant s’était estompé et avait fleuri en une brise délicieuse pendant la nuit. Il remplissait la chambre par les fenêtres qui étaient légèrement entrouvertes. J’avais mal à la tête, après les longues heures que j’avais passées dehors à regarder le Bosphore, profitant de sa beauté en sentant une douce mélancolie brisée et en essayant d’oublier la vie que j’avais laissée derrière moi à Bruxelles. La ville était enivrante, les gens, chaque coin rempli d’une beauté exceptionnelle, de l’histoire et de l’art. Istanbul, la belle, la mystérieuse. La ville, dont tous les artistes étaient tombés amoureux. Je respirai le bruit et l’odeur et je souris. J’aurais pu jurer, que la ville souriait en retour. 

Mes vêtements et mes affaires étaient dispersés et en désordre dans ma valise que j’avais préparée en me précipitant. Un tricot écarlate et une écharpe noire moelleuse avec mes jeans préférés enveloppaient mon corps froid. Enfin mes Timbs, lunettes de soleil et mes cheveux coiffés en un chignon en désordre finissaient mon look. Alors que je me regardais dans le miroir, ma main alla directement à mon collier de charme, mais elle le trouva manquant, je l’avais laissé à la maison. C’était le cadeau de ma mère pour mon vingtième anniversaire. Je soupirai et je quittai ma chambre. L’odeur succulente de la mer me frappa droit sur le visage, les cornes des navires hurlaient, les mouettes poussaient des cris et gazouillaient et les vendeurs criaient. J’étais affamée de tout ce que la ville pouvait offrir ; tous les secrets qui attendaient d’être découverts. J’avais aussi littéralement faim. La saveur délicieuse des pâtisseries accrochées dans l’air. Mon estomac grognait, ma tête me faisait mal. Ici, j’étais au cœur de la ville, mais je ne pouvais toujours pas échapper à mes pensées et mes sentiments changeants. Alors, je plongeai dans la foule et disparus dans le chaos de Beyoğlu. 

Le métro bouillait de toutes sortes de gens et la diversité me frappa une fois de plus. Un homme sans-abri gisait sur le sol avec un chat à ses pieds, alors qu’une fashionista fringante passait. Une artiste de rue jouait une douce mélodie orientale avec son saxophone alors que la montre d’un homme d’affaires clignotait sous la lumière, d’un air dispendieux. Ma musique éclatait dans mes écouteurs et je regrettai tout de suite mon choix de chanson : Angèle, une artiste belge, j’aimais sa musique. Je l’éteignis et fis mon chemin vers le musicien de rue. Qu’est-ce que je pensais ? Eh bien, si je voulais découvrir un nouveau pays, il fallait commencer quelque part. La musique du saxophoniste se transforma en une ballade triste et une jeune femme le rejoignit et commença… à chanter. Sa voix résonnait dans les couloirs souterrains, c’était une voix apaisante alto et les vagues de mots écrasèrent mon âme. Je ne connaissais pas le turc, non, mais je connaissais la langue commune de la musique : la langue que les personnes de toutes sortes d’ethnies, religions et nationalités parlaient et savaient.

© Maria Cringasu

– Quelle chanson est-ce ? demandai- je, rassemblant mon courage.
La jeune fille et l’homme se regardèrent et la fille se tourna vers moi, un sourire brillant formé dans sa bouche.
Istanbul’a elveda répondit-elle, de Müslüm Gürses.
Son anglais était riche d’un accent écoulant, ses « r » tournoyant dans sa langue. La fille semblait étincelante, ses yeux noisette éclatants, son teint bronze brillant et ses cheveux bouclant à ses tempes. J’avertis mes yeux et je regardai le panier de sous du musicien en répétant les mots de la fille, ils étaient étranges dans ma langue. Je tendis alors mon téléphone à la fille qui me regardait avec une simple curiosité visible dans les lignes de son visage, elle prit le téléphone et écrivit le nom de l’artiste puis me le rendit. Je réussis à former un sourire et murmurais mes merci… en turc.
– Teşekkürler, une prononciation si difficile pour un mot si simple !
Je me mis à marcher. 

– C’est teşe-kk-ürler, dit la fille.
Je la regardai, perplexe. Elle sourit encore une fois. 
– Il faut que tu sépares les k. Stupide, je sais, c’est originalement arabe, tu sais ? Un peu antipatriotique, je dirais.
Elle continuait de sourire, ce qui me convainquit de sourire ainsi. 
– Es-tu allemande ?
Je clignais des yeux quelques fois.
-Comment l’as-tu su ? demandai-je, visiblement confuse. 
-Eh bien j’ai étudié en Allemagne pour mon Erasmus sur les langues. Et ton accent indique ta nationalité. 
J’étais surprise par ses mots insouciants et ouverts, j’appris plus tard qu’elle me tendait une invitation d’amitié visible que j’étais assez bête pour ne pas réaliser. Cependant, j’étais intriguée par la fille et ses études au collège : moi qui n’avais pas eu assez de temps pour mes études. 
– Vraiment ? rétorquai-je.
Elle inclina la tête.
– Je connais un café juste à côté de la tour de Galata. Ça t’intéresserait de prendre un thé avec moi ?

Et c’est comme ça que je connus Hilal et que mes aventures inoubliables à Istanbul commencèrent. 

Maria Cringasu, Lara Sönmez, Amalia Gubara, Anemon Adali et Sanem Akın, 4C

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