Le mouvement de la Négritude, pourquoi en parler aujourd’hui

Dans le cadre d’un Enseignement pratique interdisciplinaire (EPI), la classe de 3D a créé avec l’aide de leur professeure de technologie, Mme Selin Gürsoy, une exposition virtuelle pour présenter le mouvement francophone de la Négritude, né dans le contexte historico-politique de la colonisation. Ce mouvement littéraire, esthétique, culturel, social et politique avait pour principal but de réhabiliter les cultures africaine et antillaise, minées par la colonisation. Il prépare la période non moins lourde et pénible de la décolonisation, aboutissant ainsi à l’indépendance des pays colonisés.
Cet EPI a permis surtout aux élèves de prendre conscience de l’intérêt des disciplines étudiées dans l’établissement, à savoir la littérature, la technologie et l’Histoire.
Dans le cadre de leur Parcours d’éducation artistique et culturelle, ils ont appris tant à créer une exposition virtuelle qu’à s’interroger sur le rôle que peut jouer l’art dans la vie réelle.

Mme Abdel Massih


Le mouvement de la Négritude

Entre 1850 et 1914, certains pays européens prennent possession par la colonisation de la quasi-totalité de l’Afrique principalement à l’aide des armes. Les européens soumettent les populations locales par la force, face à leurs armes plus développées, les africains ne parviennent pas à résister. Les colonisateurs pillent les ressources de l’Afrique et tentent d’effacer sa culture en imposant les cultures occidentales par de nombreux moyens. Ces pays colonisateurs construisent des écoles, dans lesquelles ils enseignent aux jeunes Africains la langue, la religion, les lois et l’histoire de l’Europe. Ils utilisent donc l’éducation et la religion comme un outil d’assimilation. En 1905, le territoire africain est ainsi complètement approprié par les nations européennes. 

Puis, en 1945, suite à la Seconde Guerre Mondiale, la révolte des africains et antillais commence à se faire entendre et le mécanisme de la décolonisation est enfin enclenché. C’est à ce moment que des personnages politiques et des artistes, comme Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor commencent à lutter pour montrer et partager la culture africaine qui a été tant ignorée voire piétinée par la colonisation. C’est dans cet esprit de revendication d’une identité propre et un refus d’assimilation et d’acculturation que naît le Mouvement de la Négritude

Ce mouvement intellectuel, littéraire, artistique et politique, est donc créé durant l’entre-deux-guerres. Aimé Césaire, un des fondateurs de ce mouvement, a utilisé et défini pour la premiere fois ce mot en ces termes : « La Négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de noir, de notre histoire et de notre culture. » (Liberté 3, pp. 269-270). Il met  à jour le complexe d’infériorité dont souffre désormais l’africain : «  Il y a un désir chez le nègre à imiter le blanc pour ne pas se faire remarquer. Nègre et blanc dos à dos dans la haine, ignorant tous l’un de l’autre ; ça, c’est la pire des luttes, la plus stérile ». Dans ce combat contre le racisme, le colonialisme et la haine de l’autre, la littérature est l’arme principale pour célébrer la culture « nègre », débattre des idées nouvelles sur la liberté et la souveraineté des peuples africains et antillais et inviter à la fraternité. Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon Gontras-Damas agiront aussi politiquement pour abolir le racisme et œuvrer pour la libération de leurs peuples. Ils parleront au nom de leurs peuples longtemps muselés et partageront ces pensées et cette belle culture unique qui défie le temps. Ils apprendront aux africains et antillais à ne pas s’élèver en imitant le blanc mais en renouant avec leur culture propre et leurs propres racines.

Il nous a semblé important de partager le passé de ce mouvement qui a eu une très grande importance dans la lutte pour le partage de la culture africaine. Pour comprendre les revendications du mouvement, un aperçu historique de la colonisation mais aussi de la décolonisation sont proposés. Une attention particulière a été accordée à l’exposition coloniale de 1931, qui incarne la pensée coloniale et la représentation des peuples colonisés dans la culture impérialiste.
Pour témoigner de l’importance de la littérature, au cœur du mouvement de la Négritude, plusieurs textes et documents éclairent tant les revendications des intellectuels africains et antillais que la nouvelle esthétique résolument « nègre ».
Pour finir, et à titre d’illustration, quelques toiles de peinture sont analysées pour témoigner du désir des peintres africains de s’affranchir d’une esthétique purement occidentale ou de rendre compte du vécu africain. 

Lucie Codron et Deniz Demirer, 3D


La littérature et l’art engagé, un sujet d’actualité

Notre exposition vise à présenter le mouvement de la Négritude, tout en le plaçant dans un contexte historique et culturel précis. Poèmes, discours, documents, photographies, tableaux, vidéos, analyses et informations sur les acteurs de ce mouvement sont exposés dans 5 salles virtuelles. Il y est question aussi bien de la colonisation que de la décolonisation.
Mais alors, pourquoi en parler aujourd’hui, dans le cadre du collège ?

Parler d’un mouvement datant du début du vingtième siècle peut vous sembler obsolète ; pourtant ce mouvement injustement sous-représenté regorge d’œuvres méritant plus de reconnaissance.
Par ailleurs, le mouvement de la négritude eut un impact conséquent sur la lutte contre les colons européens, le combat pour la décolonisation de l’Afrique et des Antilles et la conservation des arts et cultures africaines, réprimés par ces mêmes colons. Et même quand on parle de la lutte pour la décolonisation, la négritude est rarement citée.
En outre, parler de la colonisation est un sujet brûlant d’actualité. Reconnaître les crimes commis par les empires colonisateurs à l’égard des pays colonisés permet d’ouvrir une porte vers la réconciliation comme l’explique l’historien Benjamin Stora dans son rapport sur la guerre d’Algérie. Dans ce rapport, Stora préconise au Président de la République Emmanuel Macron de réouvrir les archives sur cette guerre et de reconnaître les crimes que les deux parties avaient commis. On peut citer le massacre du 17 octobre 1961 où les policiers ont sévèrement réprimé une manifestation organisée par le FLN (Front de libération national, parti politique Algérien) qui luttait contre le couvre-feu imposé aux maghrébins de Paris par Maurice Papon, préfet de police de la capitale française à l’époque. Au moment des faits, les autorités ont déclaré seulement deux morts alors qu’on estime qu’il y a eu au moins deux cents morts, la majorité étant des noyades causées par les forces de l’ordre qui ont jeté un grand nombre de manifestants dans la Seine. Benjamin Stora parle aussi des assassinats orchestrés contre plusieurs militants nationalistes algériens qui ont, eux aussi, été niés par l’État Français pendant de longues années.
Aujourd’hui, la France commence à reconnaître les crimes envers les peuples d’Afrique qu’elle a commis dans le passé. On peut prendre comme exemple le discours d’Emmanuel Macron qui a eu lieu au Rwanda le 27 mai 2021 où il s’excuse au peuple Rwandais sur le soutien que la France a donné aux génocidaires Hutus qui ont massacrés environ huit cent mille Tutsis (un peuple minoritaire au Rwanda) entre le 7 avril et le 17 juillet 1994.
Pendant que les massacres ont eu lieux, la France livrait des armes au nouveau gouvernement Rwandais composé d’extrémistes Hutus ; la France a aussi accueilli le nouveau ministre des affaires étrangères Rwandais à l’Elysée durant le génocide. Dans son discours, Macron reconnaît que la France s’était positionnée à côté d’un régime génocidaire et qu’elle n’aurait pas dû prendre part à ce conflit régional. Rappeler ces épisodes sombres de l’histoire de l’humanité, c’est refuser de taire la vérité, c’est refuser que ces faits sombrent dans l’oubli, c’est rappeler aux Hommes les dérives dans lesquelles il est toujours possible de tomber. 

Les figures de proue du mouvement de la Négritude ont donné une voix à ceux qui n’en ont pas. Ils ont donné une forme au discours et à l’Histoire des vaincus, discours longtemps mis en sourdine par les vainqueurs. L’écriture de l’Histoire dans toutes ses versions serait donc une tâche noble, cruciale et nécessaire puisqu’elle permet de panser les plaies, d’enterrer les morts et de se réconcilier avec soi et avec son passé. Et il est nécessaire que nous puissions comprendre les véritables enjeux d’une discipline, l’Histoire, que nous apprenons durant notre parcours scolaire.
Quant à la littérature et à l’art, ils apparaissent comme des adjuvants de cette lutte contre l’oppression, les hostilités et l’oubli. Plus que de simples œuvres d’art, ces textes sont des témoignages et des monuments érigés en l’honneur de toutes les victimes jadis réduites au silence.

Le mouvement de la Négritude occupe donc une place importante dans le combat pour la libération de l’Afrique et qui a témoigné des crimes et atrocités commises par les colons durant cette sombre période de l’Histoire. Nous devons donc parler davantage dans un cadre scolaire de la colonisation, des crimes commis par les empires coloniaux et leurs alliés et de la lutte pour la décolonisation et l’indépendance de l’Afrique. Nous vous invitons à vous renseigner davantage sur la Négritude, la colonisation et la décolonisation en visitant notre exposition virtuelle.

Ozan Joseph et Ozan Godon, 3D


Vue de l’exposition virtuelle EPI Négritude des 3D / FrameVR

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