Spina Saeva (2)

Couverture originale de Spina Saeva. © Doga Baklacioglu et Lina Guinard

Suite du CHAPITRE 1

Lorsque j’annonçai à ma tante que j’allai sortir, elle me dit de faire attention et c’est tout. Il n’y avait pas de : « Comment oses-tu me poser une question pareille ? », ou « Tu penses vraiment que je vais te laisser sortir alors qu’on vient d’arriver et que tu ne connais personne ? ». Elle est comme ça, ma tante, elle me laisse faire tout ce que je veux ou elle me dit simplement « non » et il n’y a même pas besoin de discuter, c’est juste « non ». Donc, je sortis. La rue était bordée d’une sorte de café, plein avec des hommes et très peu, ou même pas de femmes. Ils avaient tous une tasse de thé devant eux et ils parlaient d’une voix grave. Je remarquai également qu’ils étaient tous en train de jouer à des jeux de cartes, des jeux voilà. Il y avait aussi la photo d’un homme dans tous les cafés, avec une moustache et des yeux bleus. Je me demandais qui c’était, donc j’interrogeai un des hommes en anglais. Il me dit que c’était Atatürk, le fondateur de la république turque, si je me souviens bien. Après, il ne me laissa pas partir. Il me parla et me parla, et demanda toutes sortes de questions personnelles et moi, aussi insouciante que je le suis, je répondis à toutes. Quand il me laissa partir, il était sept heures ; le temps que j’arrive à la maison, déjà huit heures, pas la peine. 

Donc, je décidai que ma vie était beaucoup moins importante que l’idée que je ne pourrais pas manger de mangue, ainsi je me résolus de demander à un homme où se trouvait le supermarché. A ma grande surprise, il ne vola ni mes organes, ni mon argent, il me dit juste que c’était au coin de la rue. J’arrivai au supermarché et boom, c’était fermé. Mais quel bonheur ! Je décidai de continuer. J’en trouvai un autre, mais fermé lui aussi. Je cherchai encore une fois, en utilisant toute la persévérance qui restait en moi et je réussis à en trouver un troisième. Finalement, un qui était ouvert. Donc, j’entrai à l’intérieur et pas de mangue. Ma vie était si dure ! Je rentrai cette journée-là, la tête baissée, la tristesse me remplissant du bout de mes orteils jusqu’à ma tête, quand je vis un pain en forme de cercle. Quel genre de créativité, les gens qui vivent en Turquie avaient-il ?

 Je demandai à l’homme qui en vendait, il me dit que c’était un « simit ». Et avant de me retrouver coincée là-bas, jusqu’à dix heures avec ses discussions, j’achetai le « simit » et je filai à toute allure.

Quand je rentrai à ma nouvelle maison, je reçus un bonjour de la part de ma tante et c’est tout. Je vous avais dit, elle est complètement individualiste. J’ai oublié de mentionner les « simit », mais que c’est bon ! Ils peuvent remplacer les mangues. Je leur accorde cela.

 Je commençai l’école Pierre Loti en plein milieu de l’année, en décembre, et à mon grand étonnement il y eut deux autres gars qui venaient d’arriver aussi. Nous devînmes très rapidement des meilleurs amis. Ils s’appelaient Théodore et Jayce ; l’un, étant américain et l’autre français et espagnol. J’étais plutôt content qu’ils soient des étrangers comme moi car je pouvais prendre de l’aide en espagnol avec l’un et de l’aide en anglais avec l’autre. Les cours étaient juste normaux, des cours d’école, quoi. La langue turque, j’avais commencé à l’apprendre. Je ne sais pas si c’est du talent ou si c’est parce que j’ai appris beaucoup de langues mais je me suis très bien débrouillé. Quelque chose d’hyper agaçant, c’était qu’ils parlaient tous turc et c’est pourquoi je ne réussis pas à avoir d’autres amis que Jayce et Théodore.

La journée où je me retrouvai en train de prendre les habitudes des Turcs fut le 21 décembre. Il n’avait toujours pas neigé. Je vais l’admettre, comme en Egypte ça ne neige presque jamais, j’avais quelques attentes, mais ce n’est pas grave, je n’ai qu’à être un peu plus patient. Désormais, moi aussi, je mangeais un petit déjeuner turc avec les tomates, salade… Je pouvais parler turc, d’une façon fluide, sans arrêt. Je sais que vous allez me dire d’arrêter de mentir, mais non, je ne mens pas. Après, j’ai eu cinq heures de cours par jour donc c’était facile. Je pouvais parler avec les gens dans la rue et les écouter discrètement comme je le fais dans chaque pays où je déménage. La première journée de mon arrivée en Turquie, je ne savais pas ce qu’ils disaient mais maintenant je comprenais tout ce dont ils parlaient. Ils discutaient des heures et des heures, faisant du commérage ou du « dedikodu » en turc. Et moi, je les écoutais pendant mes temps libres, secrètement. Je pense que cela m’aida beaucoup lorsque j’apprenais le turc. Après, je ne préfère pas parler du nombre d’heures que je dormais car c’était beaucoup trop peu, mais je décidai de mettre le blâme sur l’école et mes cours de turc. En dehors de cela, j’utilisais le temps qu’il me restait à jouer à des jeux d’ordinateur comme « league of legends » ou « among us » où je n’ai toujours pas réussi à faire un triple kill. Cela arrive lorsque vous tuez trois personnes, l’une après l’autre. Je commençai aussi à boire du thé turc dans les tasses qu’ils utilisent. En résumant, en moins d’un mois, je réussis à passer de la vie égyptienne à celle d’un turc, comme je le fais à chaque fois qu’on déménage.

Je pense que je suis le même qu’avant, je ne suis pas mort et c’est tout ce qui compte. Ma tante est toujours en vie, d’ailleurs je ne sais pas quel genre de stamina et de métabolisme elle a, comme elle n’est jamais malade. J’ai deux nouveaux amis, Jayce et Théodore. Avant, je n’en avais aucun donc j’essaie de ne pas être sarcastique, au moins pas autant qu’avant, pour ne pas les faire fuir. Pour vous, peut-être que ce n’est pas une fin heureuse, et même plutôt malheureuse mais pour moi c’est juste perfect ending (mot anglais qui veut dire fin parfaite). Ma tante m’a dit, l’autre jour, qu’on allait rester ici pour au moins un an. Je pense que je pourrais passer un an sans être ennuyé par mes loisirs. Je veux apprendre à jouer des instruments, probablement le violon et le piano. En dehors de cela, je n’ai pas beaucoup de plan. Mieux vaut vivre le présent que de toujours planifier l’avenir. Ce qui va arriver, va arriver. J’ai toujours cru à l’idée que la seule façon de changer le destin, c’est de changer les détails, avoir son histoire déjà écrite est très très nul. C’est pourquoi, je vais continuer de vivre chaque jour, en changeant les détails et peu à peu, peut-être un jour, non, pas peut-être, un jour, je pourrai changer mon destin complètement. 

Lina Guinard et Doga Baklacioglu, 4A

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