Achille : Héros ou pas ?

Voici une question qui est et sera probablement toujours un grand débat. Achille est brutal, vaniteux et impitoyable, mais c’est un héros malgré tout. Comment ? Que définit un héros ? Qu’est-ce qu’un héros ? Un article par Sanem Akın !

Statue Achille Victorieux – Gastouri Achilleio, 1909 – Corfou (Grèce). Pıxabay License / Devanath

Tenons une loupe sur le passé

Achille, le demi-dieu qui défie Olympe avec sa puissance prétendue, sa rapidité, sa  « vertu », son lignage, sa férocité dans la bataille… Un demi-dieu pas comme les autres avec un vrai complexe de dieu, un hubris et une impulsivité incontrôlable. Avez-vous vu ce gars en pleine bataille ? Croyez-moi lorsque je vous dis que vous êtes béni si votre réponse est non. Étant le fils de la déesse/Néréide Thétis et de Pélée, le roi de Thessalie et de Pythie, Achille possède un sang divin. Cependant, comme si ce n’était pas assez, Achille s’est vu offrir une immunité contre toutes sortes de blessures à l’exception de sa cheville. Une prophétie disait toutefois qu’il atteindrait la gloire éternelle après une victoire pendant la guerre de Troie et mourrait ainsi. Tragique, je sais, mais ce sont ces mythes qui ont fondé le genre de la tragédie 😉 Bref, je peux vous entendre dire des Waouh et de Oh et des Ah. Attendez, je n’ai pas terminé, conservez vos exclamations. Achille est magnétique, avec une beauté incroyable et attirante et un courage grâce auquel il « méritera » le respect de ses compagnons d’armes. La guerre de Troie, comment a-t-elle été gagnée ? Sans le coup puissant qu’a donné Achille au héros troyen Hector, où en seraient les Grecs ? Sa force est indéniable. 

Maintenant, j’ai mis les mots vertu et mérite entre guillemets, car je doute qu’il soit possible de le décrire avec ces mots… Chaque guerre a son arrière-plan, ses atrocités et ses douleurs non exprimées. La peine des femmes dans les camps de guerre n’est jamais montrée : traitées de façons impitoyable, les femmes subissent le viol et le harcèlement sexuel. Elles n’ont pas d’autre choix que de céder à la pression de ces hommes que nous considérons comme des modèles. Et oui, Achille aussi. 

Un p’tit peu de récit…

Lorsque Chrysès, le père d’une jeune femme captive de dix-neuf ans Chryséis, vient la réclamer au camp des Grecs, moyennant le paiement d’une énorme rançon, Agamemnon, un des généraux du camp, fils de Zeus, frère de Ménélas et époux d’Hélène, humilie le vieux Chrysès et le menace de mort. 

Chrysès, étant un prêtre d’Apollon, conjure alors le dieu de l’aider à se venger. Le dieu lui donne satisfaction en envoyant une épidémie qui ravage le camp des Grecs durant neuf jours. Le dixième jour, Achille convoque un savant et celui-ci confirme que la fureur d’Apollon ne s’apaisera que lorsque Chryséis sera rendue à son père et lorsque Agamemnon aura sacrifié à Apollon cent boeufs dans la ville de Chrysès, ce que l’on appelle une hécatombe

Achille fait pression sur Agamemnon pour qu’il la libère, mais ce dernier refuse de la rendre sans une contrepartie à la hauteur de son rang et correspondant à sa perte : il exige la belle Briséis. Celle-ci était la jeune reine de Lyrnessos et avait été capturée par Achille, après le pillage de sa ville et la mort de ses trois frères. Celui-ci était tombé amoureux d’elle et ne voulait pas s’en séparer. Il décide donc de ne pas rejoindre la bataille tant qu’Agamemnon ne lui aura pas rendu Briséis. 

Voici deux tableaux différents qui sont toutefois cohérents dans l’esprit grec : quand Achille défend les deux femmes, son raisonnement est de défendre son honneur (il considère Briséis, qu’il a capturé lorsqu’il a pillé sa ville, comme un prix, un gain acquis qui ne peut lui être retiré), ou d’assurer la sécurité de ses hommes (le maintien en captivité de Chryséis a causé l’épidémie). 

C’est véritablement un héros contradictoire, n’est-ce pas ? La complexité de son caractère intrigue le lecteur. Je suis personnellement dégoutée par cette histoire tragique : ce héros, mi-homme mi-dieu, nous montre un côté de sa personnalité qui suscite une certaine sympathie et un autre côté qui suggère des pratiques impitoyables. 

Achille touché au talon par une flêche. ArtsyBee / Pixabay License

Pour moi…

Pour moi, la vertu et l’héroïsme ne consistent pas en des pouvoirs surnaturels. C’est l’altruisme, la gentillesse, la prévenance, l’empathie qui l’expriment le mieux de nos jours. Hors, la définition de l’héroïsme dans les mythes du passé est basée sur la victoire, la gloire, le patriotisme, l’honneur. Balançons quelques armes et regardons le rouge du sang peindre le sol… Le champ de bataille est-il la seule place où brille notre vertu ? Notre courage ? Notre héroïsme ? 

L’image d’Achille est en perpétuel changement. Dans ma tête, son portrait est formé d’un patchwork de phrases, de descriptions et d’idées que me suggère une collection de nombreux livres. Le silence des filles de Pat Barker, La chanson d’Achille de Madeline Miller et l’Iliade de Homère proposent ainsi tous une vision différente d’Achille. Et vous, qu’en pensez-vous ? 

Sanem Akın, 4C

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