Un kaléidoscope de souvenirs (3)

Couverture originale d’Un kaléidoscope de souvenirs. © Maria Cringasu

CHAPITRE II

Je me réveillai aux sons des mouettes devant ma fenêtre, je me levai à moitié, déçue de ne pas pouvoir dormir un peu plus longtemps. Puis la perspective du jour me frappa comme un train de course. Je jetai la couette soyeuse avec mes jambes nues et je m’étirai. Aujourd’hui allait être une belle journée, je rencontrais Hilal, ma nouvelle amie, et nous allions vivre des aventures épiques. Tout à coup excitée, je sautai dans la douche et tournai le robinet de l’eau froide, en espérant que cela retirerait le sommeil de mes yeux. 

Après ma douche, je me brossai les cheveux longs et les nattai le long de mon dos, j’enfilai un pull, car le vent était assez frais, et mon jean. J’étais soudainement frappé par l’arôme puissant de la nourriture dans le hall de l’hôtel, qui servait le petit-déjeuner. J’attrapai rapidement mon sac fourre-tout, qui avait une magnifique peinture sur le devant. Je jetai mon livre, mon carnet, mes lunettes, une carte, mon téléphone et un serre-tête dans mon sac. Je descendis et je dégustai un délicieux fromage, du beurre, des olives, des œufs, du « muhammara », des tomates, des concombres, de la confiture et du miel, un petit-déjeuner turc traditionnel. Je sortis alors de l’hôtel, respirant l’air froid et sentant le Bosphore et les bateaux. J’envisageai des moyens d’arriver à l’endroit où je devais rencontrer Hilal ; je décidai d’être courageuse et d’essayer le dolmuş. Inutile de dire qu’il était bondé, bruyant et extrêmement inconfortable, mais ce qui était vraiment surprenant était que, quand une vieille femme entra dans le bus, trois différentes personnes se levèrent pour céder leur place à la femme, le respect et l’altruisme étaient incroyables. J’écoutais de la musique le reste du temps.

En descendant les 55 marches en pierre, j’arrivai enfin dans la citerne Basilique. Après la chaleur étouffante de l’extérieur, l’air froid et humide de la citerne enveloppa tout mon corps. Je ressentis un vertige agréable comme si je flottais et mon mal de tête devint beaucoup plus supportable. Les seuls sons perceptibles étaient ceux des chuchotements de quelques touristes et le bruit bizarre des gouttelettes d’eau. En m’adaptant peu à peu à la lumière diffuse, je commençai à découvrir cet endroit incroyable. Les passerelles me conduisaient dans les profondeurs de ce monde fascinant. À ma droite et à ma gauche se trouvaient de hautes colonnes éclairées par des projecteurs. Dans l’eau peu profonde à la base des colonnes nageaient des poissons, plus gros que ma main. Les hautes colonnes qui ressemblaient à des séquoias géants reliaient la voûte au sol. Et sous l’une de ces colonnes majestueuses se trouvait la tête en pierre de Méduse…

Je sentis que quelqu’un était derrière moi et bougeait. Je savais bien que j’étais seule car Hilal était partie de l’autre côté de la citerne, donc ça ne pouvait pas être elle. Je regardai derrière mais il n’y avait personne, pourtant j’étais sûre que quelqu’un était là. Une voix terrifiante, grave, commença à parler. « Que vois-je donc ici, oooh, une jeune fille d’une extraordinaire beauté comme une poupée, dommage ». Je répondis avec une voix petite et terrifiée « Q-qui es- tu ? P-pourquoi tu t-te caches ? Et q-que vas-tu me faire ? »

La personne sortit de l’ombre et elle était terrifiante, une créature serpentine des profondeurs des Enfers et des cauchemars. Au nom de dieu, c’était Méduse qui me chassait ! J’étais paralysée. Méduse était réelle, elle était vivante ! Je fis un pas vers l’arrière et au moment où elle ouvrit les yeux pour me transformer en pierre, je courus.

© Maria Cringasu

Mon cœur martelait  ma poitrine et ma tête tournait. Mes jambes ne me tenaient guère debout, mes pas étaient maladroits et une sueur froide envahissait tout mon corps, compliquant ma respiration. Je retournai la tête chaque seconde pour m’assurer que je n’étais pas suivie, je courus de la Citerne jusqu’à l’arrêt des bus. Pendant des minutes, j’errai à tort et à travers dans les rues en recevant des regards bizarres des personnes que je dépassais. Les rayons de soleil m’étouffaient totalement avec leurs scintillements éternels. C-comment ? Méduse- elle s’était animée, les serpents sur sa tête, l’étincelle de ses yeux qui m’avaient presque transformé en pierre. Je fermai les yeux, espérant que tout cela soit un cauchemar, une création de mon imagination. J’ouvris ainsi les yeux et trouvai seulement le soleil dans le ciel, qui se moquait de moi avec son air de joie. L’angoisse me serrait avec ses cordes et je ne pus plus continuer à marcher. Je m’assis sur les marches d’un ancien escalier au milieu de nulle part, dans une ville que je ne connaissais pas. C’était un désastre, je n’aurais jamais dû quitter la Belgique. La sueur me piquait les yeux. Je ne pus pas m’empêcher de revoir la créature démoniaque dans ma tête, encore et encore et encore. La raison m’avait quittée et je ne pus pas trouver une explication rationnelle à tout ce qui venait de se produire. Mon cerveau refusait de fonctionner. Elle était vraie alors, cette créature cauchemardesque, et elle se promenait probablement aux alentours. Je regardai autour de moi. La lumière de l’après-midi peignait les routes et les bâtiments d’une lueur brillante et, dans cette lueur, je vis un visage monstrueux et flou se précipiter vers moi à toute allure. Donc je courus.
J’avais couru beaucoup trop vite et je n’arrivais plus à respirer. Je voyais des étoiles dans ma tête. Mes yeux commencèrent à se fermer et BOUM…
Je ne me souviens que d’un bruit d’ambulance, rien d’autre.

Mes yeux s’ouvrirent petit à petit, je voyais encore flou.
J’entendais le bruit d’un clignotant à côté de moi, je tournai la tête. J’avais un sérum attaché à mon bras, c’est à ce moment que je compris que j’étais dans une chambre d’hôpital. Quant à Hilal, elle était endormie sur un canapé.
– Hilal ! dis-je pour la réveiller.
– Ah ! Oui ? Christa ! Comment vas-tu ?
– Oui, je vais bien, merci.
– Tu t’es évanouie tout d’un coup ! J’ai reçu un coup de téléphone de la part de la réceptionniste de ton hôtel, elle m’a dit que tu t’étais évanouie dans le lobby ! Alors j’ai appelé l’ambulance.
– Merci beaucoup Hilal, et merci d’avoir passé la nuit ici à m’attendre.
– De rien. Mais j’ai une question, pourquoi ?…
Avant qu’elle ne puisse finir sa phrase, une infirmière rentra dans la chambre et commença à me parler en turc. Je regardai Hilal qui me traduisit que si je me sentais bien je pouvais quitter l’hôpital. 

En préparant mes affaires, comme nous étions seules dans la chambre avec Hilal, je commençai à lui raconter mes souvenirs qui me revenaient peu à peu.
– Je me souviens bien que nous visitions la citerne mais en marchant, je sentais que quelque chose n’allait pas bien. L’endroit était sombre et humide, et en plus le plafond était très bas. Et comme je suis un peu claustrophobe, j’ai commencé à stresser. Plus nous marchions, plus mon stress augmentait. L’odeur à l’intérieur était aussi insupportable et j’avais des nausées. Ah, je suis vraiment désolée de te donner autant de peine, dis-je.
Hilal répondit avec un sourire et me consola en ajoutant que c’était totalement ok. Malgré sa consolation, je vis toujours le visage du monstre se précipiter vers moi. C’était une vision inoubliable… qui me hantait. Mais pour le moment, je me réconfortait dans les bras de Hilal et essayais d’oublier.

Sanem Akın, Maria Cringasu, Amalia Gubara, Anemon Adali et Lara Sönmez, 4C

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