Un kaléidoscope de souvenirs (6 et épilogue)

Couverture originale d’Un kaléidoscope de souvenirs. © Maria Cringasu

CHAPITRE V

Et les voilà… à la fin de la journée la plus épique qu’elles aient vécue. La douceur amère de la situation serra la gorge de Christa et de grosses larmes se formèrent dans ses yeux mais elle les retint. Elle ne voulait pas effacer le beau sourire de Hilal qui enluminait cette scène dramatique avec une goutte de bonne humeur. Oui, elle allait se retenir, pour Hilal et pour elle-même. Elle ouvrit sa bouche pour dire… quoi ? Elle avait tant de choses à lui raconter et demander et… Avant qu’elle puisse parler, Hilal l’interrompit et lui prit la main. Un sentiment électrifiant se ressentit sur sa peau là où leurs mains se touchèrent et Christa retrouva dans sa paume une perle bleue qui ressemblait à un œil, elle regarda Hilal qui sourit :
« Le nazar est une perle qui signifie la vue, la surveillance, l’attention et d’autres concepts, expliqua-t-elle. C’est une amulette en forme d’œil qui est censée te protéger contre le mauvais œil et la malchance. »
Ce fut ainsi que Christa vit une larme couler le long de la joue de Hilal. Les deux se regardèrent et clignèrent des yeux en essayant -et en échouant- de couvrir leurs larmes. 

Ouf, merde. Stop ! Christa, je ne pleure jamais en public ! 
Christa regarda alentour, de l’humeur scintillante dans ses yeux. 
Hey ! Je ne te donne pas ça parce que je t’aime, ok ?? Elle lui fit un clin d’œil et Christa rigola. C’est parce que je sais que tu as besoin de protection ! Dieu sait ce qui t’arrivera si je ne suis pas avec toi à tout moment.
Toutes les deux éclatèrent de rire.
– Ok mais je n’ai rien à te donner ! dit Christa, les yeux baissés. 
– Oh, t’inquiète ma belle, ton souvenir est suffisant, dit Hilal avec assurance. 
– Non, c’est inacceptable ! Christa regarda ses poches et sortit une paire de ciseaux. Ah voilà ! s’exclama-t-elle. Alors que Hilal l’observait avec curiosité, Christa prit les ciseaux et coupa un bout de ses cheveux et le tendit à Hilal avec un sourire enfantin. Curieusement, Hilal prit les cheveux et les mit dans un compartiment spécial dans son sac. Elles se regardèrent encore une fois. 
– Euh, ah ah. Nous sommes euhhh… un peu étranges ? ajouta Christa. 
– Oh darling, j’ai constaté ça il y a longggtemps !

Elles rirent, mais le silence tomba aussitôt, qui fut cassé lorsque Christa enveloppa de ses bras Hilal. Elle la serra, serra et serra, et aucune d’elles ne brisa le premier moment calme qu’elles eurent dans l’intégralité de leurs jours ensemble. Tous leurs souvenirs défilèrent comme un rouleau de film dans sa tête et elle se sentit chez soi pour la première fois. Hilal se sauva ainsi de ses armes et Christa essuya ses larmes et celles de Hilal qui renifla fortement.
– Tu vas bien te rappeler de nos règlements, n’est-ce pas ? demanda Hilal timidement.
– Absolument que oui, oh Hilalito ! 
Les deux avaient non seulement inventé des réglementations pour leur communication à longue distance mais elles s’étaient aussi donné des surnoms. 
– Ok, Hilal essaya de sourire. Ok Christounette, elle sourit pompeusement maintenant. 
– Je t’aime, tu sais ? chuchota Christa.
– Je sais, moi aussi. 
– Te manquerai-je ou est-ce que ton emploi du temps sera trop chargé pour ça ? 
– Haha, on verra, ricana , Hilal.
Elles s’embrassèrent et Christa se dirigea vers les escaliers. Leurs mains se séparèrent et Christa disparut dans la foule après un dernier sourire et un baiser volant destiné à Hilal, qui, lui répondit.
Et qui lui répondra… toujours. 

© Maria Cringasu

Elle était là, dans cet endroit immense et intimidant. Son sac à la main, un creux au ventre et de la tristesse dans les yeux. Hilal lui manquait déjà, elle avait l’impression d’avoir perdu une grande partie d’elle-même… Son amie turque serait toujours spéciale dans son cœur. Elle se dirigea vers sa porte, se sentant sombre. Elle prit une tasse de café et la but lentement. Elle s’assit à la porte de son terminal et sortit son livre. Elle finit par s’endormir et quand elle se réveilla, l’orateur dit « c’est un dernier appel vers la Belgique », elle se leva et courut vers son avion. Elle y parvint enfin, elle arriva dans son avion et s’assit à côté d’une vieille femme qui lui sourit et demanda :
– Jeune femme, quel est votre nom ?
– Je m’appelle Christa, répondit-elle et vous ? demanda-t-elle.
– Mon nom est Manon, c’est peut-être trop privé mais vas-tu me dire pourquoi tes yeux sont tristes et pourquoi tu t’affales quand tu es assise, quoi ou qui t’a blessée et que puis-je faire pour t’aider ?
Alors elle lui raconta, elle lui raconta tout, son amitié pour Hilal, leurs aventures et ces jours magiques dans cette ville fabuleuse.
– Alors, je ne te connais pas très bien, mais je peux te donner quelques conseils, dit Manon avec douceur. Continue ta vie, rentre chez toi et essaie de ne pas t’attarder sur la douleur. C’est tout ce que vous pouvez faire jusqu’à ce que vous puissiez vous revoir.
– Merci beaucoup, dit Christa.
Elle passa le reste de son vol à dormir.

J’éprouvais des sentiments contradictoires. Même si j’aurais dû être heureuse et impatiente de retourner à la maison et de revoir mes parents, une « guerre » était en train de se dérouler dans mon âme. J’étais submergée par la joie de revoir ma ville bien-aimée et mes amis mais j’étais horrifiée par la réaction de mes parents au moment où ils me reverraient. Notre dernière discussion ne s’était pas très bien terminée. Je ne savais pas quelle serait leur réaction envers moi. En même temps, j’étais envahie par une nostalgie inhabituelle en pensant à Istanbul, la ville qui m’avait « adoptée » comme une orpheline et à Hilal, qui m’avait montrée que les âmes sœurs ne tiennent compte d’aucune barrière, qu’elles soient linguistiques ou culturelles.
Pour faire passer le temps plus vite, je commençai à dessiner quelque chose, presque machinalement, dans mon carnet de croquis. Au bout de quelques secondes, le portrait d’Hilal apparut sur la feuille. Cela m’amusa terriblement parce que je me rendis compte que je l’avais dessinée en train de faire une de ses fameuses grimaces qu’elle aimait beaucoup faire au moment où elle était mécontente de quelque chose. 

© Maria Cringasu

Mes pensées furent soudainement interrompues par la voix rauque mais polie du chauffeur de taxi.
« Mademoiselle, nous sommes arrivés. Il faut payer 15 euros. » Je lui payai le montant requis et sortis de la voiture.

Devant la maison, tout était resté à sa place. Mes fleurs préférées, les violettes africaines, s’étaient épanouies dans une multitude de couleurs et formaient un tapis de velours. C’était mercredi et les sacs à ordures ménagères étaient organisés en petites piles ordonnées dans l’espace spécialement aménagé. Il était encore tôt car ils n’avaient pas encore été ramassés. Cela signifiait que mes parents étaient toujours à la maison et qu’ils étaient en train de boire leur café. Super, le moment idéal pour une discussion ! A l’entrée je pris une profonde inspiration. Le même mélange ravissant de notes : violette, pivoine, prune, pêche, cuir, musc et vanille. Ce « cocktail d’arômes » me « transportait » à chaque fois dans une bibliothèque remplie de livres avec des couvertures en cuir, certains plus récents, d’autres plus usés. Je souris légèrement et je réalisai que mon obsession pour les parfums ne disparaîtrait jamais.

Ma rêverie olfactive fut brusquement interrompue par la voix de ma mère : « Christa, quelle surprise, tu es de retour ? » Sa réaction m’attrista car je m’attendais à un câlin plus qu’à une question. Mais mon père bondit de sa chaise, me prit la tête dans ses mains et avec les larmes aux yeux, me dit seulement :
« Bienvenue Christa ! »
– Pourquoi ne nous as-tu pas annoncé que tu souhaitais rentrer aujourd’hui ? On aurait pu envoyer le chauffeur te chercher à l’aéroport, dit ma mère avec un léger reproche dans la voix.
– Je voulais vous surprendre et en plus le chauffeur de taxi fut un compagnon très agréable contrairement à Antoine qui a l’habitude de parler tout le temps.
– Tu exagères Krista, il aime juste poser des questions, c’est tout !
Évidemment, tout ce que je disais devait être combattu par ma mère. Il était clair qu’elle voulait recommencer notre ancienne dispute.
– Je vous ai apporté des cadeaux d’Istanbul. J’espère qu’ils vous plairont !  Celui-ci est un cadeau de la part des parents d’Hilal, c’est une peinture d’un paysage marin.
– Krista, tu sais très bien que tout ce que tu nous offres nous est précieux, dit mon père d’une voix douce.
Je ne pouvais pas comprendre l’attitude complètement changée de mon père. Il était très raisonnable, contrairement à ma mère qui semblait irritée par tout ce que je disais.
– Comment s’est passée ton aventure touristique à Istanbul, demanda ma mère.
– Maman, ce que j’ai vécu à Istanbul était une vraie expérience culturelle. J’ai eu la chance de découvrir des endroits merveilleux et de rencontrer des gens spéciaux !
– D’accord, je comprends mais j’espère que maintenant, après cette période sabbatique, que d’ailleurs tu as prise sans notre accord, tu arrêteras de plaisanter et de traiter tout avec ce manque de responsabilité !
– Anne, s’il te plaît, fais plus attention aux mots que tu utilises, laisse Christa décider ce qu’elle veut faire !
– Maman, tu devrais savoir que le temps que j’ai passé à Istanbul était vraiment édifiant. Maintenant je n’ai aucun doute sur ce que je veux vraiment faire !
– Oh, tant mieux mais la semaine prochaine tu participeras à deux auditions pour deux rôles dans des films historiques. Je vais appeler tout de suite pour t’inscrire et arrête de faire ce visage Christa, tu devrais nous remercier et sauter de joie en ce moment.
– Maman, s’il te plaît, écoute-moi encore une fois !!! Je ne veux plus participer à aucune audition. J’ai essayé, pour votre bien. J’ai joué dans trois films. Mais vous avez vu que j’ai réalisé une performance médiocre. Ce n’est pas ce que je veux ! Ma plus grande passion est l’écriture, d’inventer toutes sortes d’histoires.
– Alors on a fait tous ces efforts pour rien, Christa ?
– Je pense que tu dois abandonner cette idée parce que ce n’est pas ce que je veux faire. Ce que vous essayez de faire, c’est de m’imposer vos désirs. Essayez pendant au moins un jour de ne pas me regarder uniquement depuis la position de réalisateur, qui voit un personnage en moi et de me voir comme votre fille !
– Mais…
– Anne, il est temps de la laisser faire ses propres choix !
– Papa, merci !
– Christa, je veux d’abord m’excuser pour tout. Nous t’avons obligée pendant des années à faire des choses que tu ne souhaitais pas faire. Maintenant, je suis convaincu que j’avais tort.
– Et pourquoi en es-tu si sûr, dis-je.
– J’espère que tu ne me détesteras pas après ce que vais te dire. Il y a une semaine, je suis entré dans ta chambre pour chercher un document. En cherchant parmi tes livres et tes feuilles, j’ai découvert tes cahiers. J’étais émerveillée ! Tu es tellement talentueuse ! J’ai lu toutes tes histoires et j’ai enfin compris à quel point j’avais eu tort. Tu es une écrivaine, Christa…
Entendre mon père parler de ce que j’avais écrit me fit monter les larmes aux yeux.
– Et pourquoi ne suis-je pas au courant du talent de notre fille !
– Parce que ma chère Anne, ce n’était pas moi qui devais t’en parler mais c’était Christa. »
Je ne dis rien pendant quelques secondes puis je vis un changement dans les yeux de ma mère. Je me sentis en quelque sorte confuse et coupable. Je décidai qu’il était temps de lui montrer toute ma série de scénarios écrits au fil des années. Le voyage à Istanbul m’avait déjà donné de nouvelles idées et tout ce qui me restait à faire était de les mettre sur papier.
J’avais convaincu mon père, il ne restait plus que ma mère !

Au moment où j’ouvris la bouche, mon téléphone commença à sonner, je m’excusai et je sortis au jardin. Je répondis et une voix féminine commença à me parler :
« Bonjour, est ce que je parle bien à Madame Christa ?
– Oui et vous êtes ?
– Madame Marteau de l’Université de Liège, je voulais simplement vous prévenir que vous êtes acceptée à l’université ! Je suis vraiment contente pour vous, Madame.
– Je… je ne sais vraiment pas quoi dire. Je… je suis émue.
Mes joues commencèrent à se mouiller avec des larmes de joie. C’était la première fois que je pleurais de joie, cela ne m’était jamais arrivé.
– Merci de m’avoir prévenue Madame Marteau, merci !
– Bonne journée !
– A vous aussi. »

Après ce dialogue entre moi et la dame, je me dirigeai à nouveau vers le salon. Les peintures que j’avais peintes étaient à la même place. Quand j’entrai, ma mère commença à me parler d’une voix assez douce, c’était inhabituel.
« Christa, je pense que tu as raison, nous avons fait l’erreur d’essayer de t’imposer les choses que tu ne souhaitais pas. Je m’excuse. »
Je ne comprenais pas, ma mère s’excusait, c’était très bizarre mais aussi terrifiant. Je vis mon père me faire un clin d’œil.  Mon visage était couvert d’un sourire gigantesque. D’abord, j’avais été acceptée à l’université de mes rêves et maintenant mes parents acceptaient qu’ils étaient l’élément perturbateur qui m’empêchait d’atteindre mes rêves. Tout était bizarrement parfait à ce moment-là. 

Epilogue

Quelques mois plus tard…

 A l’université, tout le monde était heureux. Moi et Hilal étions tout le temps ensemble, nous mangions ensemble, nous travaillions ensemble et nous allions en cours ensemble. Au cours des temps, nous nous fîmes trois nouveaux amis. Tout d’abord, Arthur, c était la personne la plus drôle que j’avais rencontrée. Ensuite, nous avions fait connaissance avec Emma et Esther, elles étaient sœurs jumelles mais elles ne se ressemblaient pas du tout. Emma avait des cheveux courts et blonds avec des yeux marron. Esther avait des beaux longs cheveux noirs avec des yeux verts. Nous avions commencé à aller au café ensemble pour papoter. L’université était plus dure que je ne le pensais, mais au moins j’aimais ce que je faisais et j’avais mes amis, donc j’étais contente.
Elle était un peu loin de la ville, donc nous restions dans des chambres à deux pendant la semaine et ensuite, nous pouvions rentrer chez nos parents. Hilal et moi, nous étions dans la même chambre. Nous nous entendions très bien
Nous étions tout le temps ensemble, même pendant le week-end. Comme Hilal n’avait pas de famille en Belgique, elle restait chez moi, chez mes parents. 
Un belle histoire d’amitié nous avait réunies !

FIN

Sanem Akin, Maria Cringasu, Amalia Gubara, Anemon Adali et Lara Sönmez, 4C

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