De la conscience et du devoir d’interroger dans le monde capitaliste

« Être conscient, c’est sentir, agir, penser et savoir que je sens, que je pense et que j’agis. L’homme n’est pas posé dans le monde, il s’y rapporte. Par la conscience, le monde devient objet de connaissance et de réflexion. » Alors l’être humain réfléchit, questionne, réclame qu’il est supérieur à l’animal par sa conscience. Le monde change chaque jour de plus en plus avec de nouveaux dirigeants, de nouvelles entreprises… La technologie, les patrons changent. Et l’humain fait partie d’une course pour atteindre l’objectif idéal, la sérénité éternelle, l’argent, car il est conscient que c’est le symbole du pouvoir, le représentant du succès, et ce qui est nécessaire pour « avancer », changer. Alain Badiou, dans Le Réveil de l’Histoire, nous le rappelle avec ironie : « Le vrai changement, c’est moi ! Il n’y a qu’à me regarder pour le savoir. Je réforme et modernise, les nouvelles lois pleuvent chaque semaine, bravo ! Rompons avec la routine ! A bas les archaïsmes ! ». Et c’est donc à nous d’interroger, de questionner les actions que réalisent les acteurs de cette course dans le vide.

Cette course, cette compétition, est évaluée sur un seul critère, la capacité à pouvoir s’adapter au monde capitaliste. Il faut toujours accomplir, être  le premier, arriver de « rien », à « tout ». Améliorer sa position, et devenir patron, en exploitant tout ce qui nous entoure. Le succès, aujourd’hui, est un jeu de survie. Certains affirment que nous avons toutes et tous les mêmes opportunités dans ce jeu de stratégie. Mais la vérité est que pour avoir du « succès », il faut s’approprier et reproduire  l’image de personnes qui sont recherchées et accueillies favorablement dans le monde du travail ; il s’agit donc d’être en l’occurrence, un homme blanc hétérosexuel et riche (bagage culturel commun autant que richesse matérielle).
De nombreuses femmes ont été ainsi obligées d’adopter les stéréotypes (cheveux courts, vêtues de pantalon et chemises, etc.) de ce type d’homme pour accomplir leur objectif : gagner de l’argent. C’est peut-être le fait que nous essayons toujours de ressembler à ce type d’homme -symbole du « succès  »- qui a augmenté la valeur de ces stéréotypes dans notre cerveau. Puisque la coupe de cheveux n’est qu’une question de longueur de poil et que les habits que nous portons ne sont que de simples bouts de tissus assemblés. Le « succès » n’est qu’un mot, superficiel, qui est implanté dans notre cerveau d’une manière naturelle.
Il est nécessaire de questionner ce mot, cette tâche, qui nous semble comme un grand effort, inatteignable. Nous sommes tous conscients, par exemple, que Jeff Bezos est un des hommes les plus riches du monde. Il est donc considéré comme le représentant du pouvoir. Avec tout son argent, il peut mettre fin à la pauvreté, à la famine. Mais être aussi riche, est-ce le vrai succès ? Tous les jeunes qui veulent devenir comme lui, ne sont-ils pas de simples victimes de l’illusion de l’image de héros que donne Bezos ? Ne voient-ils pas, derrière lui, la classe ouvrière vue comme faible et impuissante, les travailleurs de son entreprise exploités par cet admirable « héros » ?

Justement, la simple conscience de ce qui nous entoure ne suffit pas. Interroger, selon moi, est un devoir pour les classes moyennes et supérieures, qui en ont tous les moyens. Il s’agit bien d’un privilège, voire d’une facilité, du fait que toutes les informations soient à leur disposition. Questionner avec conscience provoque l’apparition d’un avis. La passivité et la neutralité disparaissent donc et vient une idée, un camp qui nous plaît plus que l’autre, ou bien une neutralité, mais qui est de fait un choix. Le fait que ce dernier nous donne envie de désobéir ou bien, au contraire, d’accepter, de valider est complètement personnel et assumé. 

Je peux donc affirmer que, personnellement, quand je ne suis pas d’accord avec un sujet, quel qu’il soit, un sentiment de révolte apparaît en moi. L’idée qu’il est possible de changer cette inégalité, cette injustice, m’encourage profondément.
J’ai lu  dans un article que « La révolte est une forme de souffrance. Il est normal que nous cherchions à l’éviter ou à nous en débarrasser. […] Cessez d’être en colère contre votre patron, le gouvernement, votre femme, votre mari, la société, etc. Révoltez-vous plutôt contre vous-même, c’est-à-dire contre certains aspects indésirables de votre comportement. » L’auteur de l’article nous pousse, nous lecteurs, à changer l’objectif, le sens de notre sentiment de révolte, et à le tourner contre nous-même. Il nous encourage à l’utiliser pour améliorer nos relations dans notre travail, comme une aide pour atteindre une amélioration personnelle et le « succès idéal ». D’ailleurs, il réduit le sentiment de révolte à la colère.
Mais quand j’ai questionné un peu cette pensée, j’ai remarqué une idée dont j’étais déjà consciente dans l’existence : l’un des points communs les plus marquants de tous les êtres est l’instinct de survie. Ceci est prouvé par de nombreuses expériences. Au contraire, selon moi, la compétitivité de l’humain, son ambition, ne sont que des facteurs secondaires, qui sont là à cause de l’existence de l’argent, mais ne sont pas du tout présents dans la chaîne héréditaire des vivants. Le sentiment de révolte, qu’inspire le jeu vain qui consiste à être le plus fort, est l’expression de l’instinct de l’humain qui rentre en action et qui l’aide à rester en vie, à survivre. En fait, ce jeu, être exploiteur et inhumain, tue l’humain à petit feu, et c’est la pire des abominations. La révolte est alors un sentiment montrant la dernière sortie avant l’autoroute, qu’il faut suivre, puisque que quand nous y pensons, elle est la seule expression de notre conscience, et de notre intuition.

Finalement, je veux dire qu’il ne faut jamais arrêter de questionner, surtout quand une idée nous est imposée. Même quand une pensée nous apparaît dans la tête sans réflexion consciente y ayant conduit, par intuition. L’ignorance, pour la classe moyenne et supérieure, est un choix. C’est le fait de questionner qui va nous distinguer des autres, qui va nous rendre unique, qui va nous apporter, selon moi, la vraie satisfaction. Suivre une route déjà creusée, faire « avancer » l’entreprise de nos grands, nous fera-t-il obtenir, à la fin, le contentement ? Nos vies semblent basées sur le rituel, nous sommes des machines éternelles, travaillant sans fin. Pouvons-nous vraiment, chaque jour, en répétant les mêmes actions indéfiniment, sans exception, contribuer à « l’avancement » du monde et atteindre le « succès » tant désiré ? Il nous est dit d’attendre un peu plus, d’être patient, car à la fin, nous éprouverons la joie, la satisfaction, et que nous pourrons faire entendre notre voix, naturellement. Mais combien de temps encore devons-nous accepter une information qui reste sous-évaluée ?
Nous vivons dans un monde où seulement ceux qui ont atteint ce « succès », où seuls les riches ont un droit de se faire entendre. Donc nous sommes obligés d’écouter par différentes bouches une seule et unique idée. Cela est ce qui nous conduit à être manipulé. Mais notre force mentale peut et va nous aider à combattre ceci. Se révolter ou pas est un choix personnel, mais le fait de questionner dépasse la simple conscience, la connaissance du système. Et c’est alors qu’il devient évident que l’existence de diverses idées est nécessaire. Or, n’oubliez pas que nous sommes tous ensemble dans cette lutte où le plus important, ce qui est le point de départ nécessaire, selon moi, est d’interroger et de remettre en question. 

Reproduction de la couverture du livre « Fahrenheit 451 » de Ray Bradbury, où ils brûlaient les livres pour qu’il n’y ai personne qui puisse mettre en doute, qui recherche ce qui les entourait. © Deniz Demirer (référence : https://onlyhdwallpapers.com/wallpaper/fire-helmet-books-science-2sPB.jpg?preview)

Deniz Demirer, 3D

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