Spina Saeva (5)

Couverture originale de Spina Saeva. © Doga Baklacioglu et Lina Guinard

CHAPITRE 3

Le brevet, ce n’était pas mauvais mais plutôt terrible. Je suis intelligent quand il s’agit de faire des grands châteaux avec des legos ou une caverne grâce à des cartes, mais avec les maths, pas autant. Ils n’ont qu’à résoudre leurs problèmes eux-mêmes. J’en ai marre de faire cela à leur place. J’avais déjà oublié les événements des dernières semaines, la rose restait au fond de mon cartable et les souvenirs au fond de ma mémoire. Dans tous les cas, ces cauchemars d’école et de brevet se finirent car les vacances d’été arrivèrent pour mon plus grand enthousiasme. Nous décidâmes de partir cette année-là à Dubaï, à l’hôtel Burj al Arab. Nous prîmes en premier un avion et j’étais malheureusement assis à côté d’une fille plutôt laide. Je ne pris même pas la peine de la regarder plus. J’étais en première classe, bien sûr. Pendant tout le vol, je devais entendre les chansons qu’elle écoutait parce qu’elle mettait le volume sonore tellement fort. Croyez-moi, si nous n’avions pas atterri, je vous le dis, j’aurais fini sourd comme Beethoven. Vous deviez voir l’hôtel, il était gigantesque avec, au sommet, une piste d’atterrissage pour les hélicoptères. Mais ils ne me laissèrent pas la voir. Dommage ! Pendant les deux semaines où nous étions là-bas, je mangeais tout ce que je trouvais, je nageais le plus possible et éclaboussais ma tante, mais nous n’avions pas le même humour.

Finalement, il était temps de partir. Au moment où nous allions prendre l’avion, nous comprîmes que nous l’avions déjà raté. Comme si cela n’était pas suffisant, il y avait une affreuse tempête, donc tous les vols étaient annulés. Nous ne pouvions pas en prendre un autre. Par malchance, je me trouvai dans un bus de douze personnes et pauvrement décoré, après un hôtel 7 étoiles. Parfait ! En plus cela allait prendre quarante-deux heures, oui quarante-deux pour arriver à destination. Que voulez-vous que je fasse dans un bus pendant aussi longtemps ! Je dormis, il n’y avait pas d’autre choix,  jusqu’à ce que je ressente des vibrations. C’était probablement ma tante en train de me secouer car, quand je dors, mon sommeil peut durer deux mille ans. Il est donc difficile de me réveiller. Ces vibrations devenaient de plus en plus fortes. Lorsque j’ouvris les yeux, je compris que ce n’était pas ma tante mais un tremblement de terre. Encore plus parfait ! Savez-vous comment se forme un séisme ? Je vous raconte. Non je rigole, j’ai oublié. Les souvenirs affreux du brevet me revinrent en tête. J’essayai de les enlever quand je me rappelai que nous étions en plein milieu d’un séisme. Deux secondes qui ont jeté un sac avec quelque chose d’aussi lourd que des briques sur ma tête. 

C’était le séisme, une fille ou un garçon, je ne me souvenais plus, mais maintenant j’étais dans un hôpital. Je vous le dis, à mon avis il y avait vraiment des briques à l’intérieur de ce fichu sac.
« Je suis désolée, je suis désolée, je suis désolée, je su- ». 
C’était ce que j’entendis en me réveillant dans mon lit d’hôpital.
– Ok chut, lui dis-je. 
C’était une fille plutôt jolie, ok très jolie qui me regardait avec des yeux très pâles, presque transparents. Mais ce qui m’intéressait le plus, c’était mon cœur qui palpitait, mes organes et mon cerveau qui fonctionnaient différemment. Je me sentais méconnaissable. Je tremblais et je transpirais.  La couleur de ses cheveux complètement blancs, me rappelait les flocons de neige qui tombaient un par un à travers le ciel bleu pâle, pour se poser sur l’allée glissante et dangereuse. Moi je pensais, que j’étais en train de marcher le long de cette allée, dont je ne pouvais connaître ni le début ni la fin mais seulement les dangers. Je n’étais pas sûr mais je pense que je marchais sur cette route appelée « L’amour » dès à présent. Tout son corps était blanc, complètement blanc. Elle était blanche comme une plume de l’oiseau de la paix, la colombe.
« Tu ressembles à une colombe ». Oh, non je ne voulais pas le lui dire. Ces mots étaient sortis tout seuls de ma bouche.
– Et toi à une corneille, me dit-t-elle
– C’est un compliment.
– Tu me dis, que je ressemble à un oiseau qui fait ses besoins sur le bord de ma fenêtre ? s’exclama-t-elle. 
Quand une personne te dit que tu ressembles à une colombe, tu dis merci. Pas que tu ressembles à une corbeille, ouesh ! Aie je veux dire « corneille », mais je me sens quand même comme une poubelle, là. Mais comment ne pouvais-je pas me fâcher ?  Normalement j’aurais fait surgir mon être infernal qui vous dit mille insultes, mais là je ne pouvais m’empêcher de la trouver mignonne.
– Mais pourquoi tu me dis « désolée », qu’est-ce que tu as fait ?, AAH LE SAC !
– Je suis désolée.
– Je vais me fâcher. Cependant je veux savoir ce qu’il y a à l’intérieur de ce sac d’aussi lourd que des briques
Je lui pris le sac de ses mains d’un mouvement brusque. Et… la première chose qui m’arriva dans la main fut une lettre d’amour.
– Tu as un petit ami ?, lui demandai-je.
– Oui il s’appelle Christian Neuville.

Tous les rêves que je me faisais se brisèrent un par un. Chaque seconde, je désirais quelque chose de nouveau, un avec nous deux, main dans la main. Un autre en train de marcher au bord de la mer. Mais maintenant, ces rêves s’envolaient. Cette fois, j’avais plus mal dans mon cœur que dans ma tête. Il me semblait avoir un poignard dans mon âme, brisée en pièces comme dans un puzzle. La moitié de celui-ci contenait un amour à l’égard de cette fille, d’une pâleur extrême, comme la lumière qui vous illumine  et vous hypnotise puis s’en va et vous laisse dans le noir complet, où les monstres de la nuit surgissent de tous les côtés. La mer noire m’emportait, me noyait puis me ressuscitait pour me noyer encore une fois, à jamais, me donnant encore plus de douleur à chaque fois. Plus de remords à chaque coup. Le temps passa et elle partit après m’avoir donné seulement son adresse mail.

Les semaines passèrent. C’était déjà la rentrée. J’étais  parti de l’hôpital, après une semaine sans voir la fille une seule fois, mais, même si le temps passait, je ne pouvais point oublier cette mystérieuse entité qui m’avait pris sous son pouvoir et ne me laissait point partir. J’allais au lycée et chaque jour j’oubliais peu à peu son visage, ses attributs parfaits comme un ange. Je m’étais mille fois préparé à écrire un email mais je n’avais ni le courage ni les idées.
Un soir j’arrivais à la maison, fatigué, mais je savais ce que je devais faire : envoyer une lettre. Voilà ce que je lui écrivis :

Elle me répondit deux jours plus tard en me demandant qui j’étais, aucun de nous deux ne connaissait le prénom de l’autre. Je ne lui répondis pas.
Je lui écrivis six lettres de plus, les voilà :

https://lh3.googleusercontent.com/XoybpKf0g-Q5Ckn49yeNlqJsUZRl6l6Q5YO3M3aLJ57ZTS0ecLZwYxvsRqsq4wm_r1JMJKyHWmZxaZBjtp1FOens-ke_HoCvSnBJWyy1hoSm0uWvwjZWADuu6Vq__Y6Kyex8YMxL
https://lh5.googleusercontent.com/XONir7VyQ5_jAUrfy6yEuKpYLsvjssDfb8xBN5Opp5v6QZy71pjUy8riuIgZ0RULUhKIk1vTuWlL-SZWymQq1ijPZ2lbGBcO0zfKj_W9aGME2Kvbs-JGCI4l8i2xPokhnFbVxziq
https://lh6.googleusercontent.com/RtttZska_18Ty45SeUO1hoFbVmD_hM4pNXrlHsjm77C90BN8ZthYK6p6JyGDsVmt7gq4LrS6-9xCc_nrXQiiCxkEw-87mWv4amTICa2_Si5ipBEERNAlHjq5ismf1Uu8hJLCHVSC
https://lh5.googleusercontent.com/71L-dZz4zcmB42lPjVkhsot0309pw_KAhMPzAERGMFK1Z11TZSiE7QehcyrJU6p2I_6lFdjZz6HrrBpRb3Im_s5CYgWJqcMu91NuwFlmdbguauYf40ls9QjXLo_ZS_gyUjDoUsXA
https://lh6.googleusercontent.com/b8ojnqpcKj2eQxZCwL9X4-IT1osO7M4HrFkh3uHsTwRbpoNsRFmXXaqvDZktYgg6YzGG_bC-0TlLsqHwU1z3HxI-6lHN2LUCVypINdlwtugnAvgqBYz2E9RQXaCzm0syauQTQyYL
https://lh5.googleusercontent.com/eDnpvfumnNU6TdJdk52ck0mZGnAUWyMTY_XlVWsMRd85CL1tTZtyKF7zaNwLxeM20XE8MSelGwkdIosNfVdGeBUQi6-xyV0KPKxP5K8qadATv-ziOClvO_XyGLdcIC5ishvuyoxp

Lina Guinard et Doga Baklacioglu, 4A

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