Spina Saeva (4)

Couverture originale de Spina Saeva. © Doga Baklacioglu et Lina Guinard

Suite du CHAPITRE 2

Finalement, c’était samedi ! Mais quel bonheur, pas d’école, ni rien du tout ! Je décidai d’oublier que j’avais toujours mon brevet à préparer et en plus c’était l’épreuve de français lundi. Je passai ma journée à préparer mon évaluation et à travailler mon piano. Et je m’endormis comme d’habitude sans rien du tout et aucun rêve comme celui de la veille. 

C’était dimanche, j’eus ce sentiment de vouloir aller voir la tombe de mes parents, cette attraction que j’avais sentie quelque part, à un moment, mais je ne me rappelais pas quand. Je partis alors demander à ma tante si elle voulait venir. Brusquement, une lueur de colère s’alluma dans ses yeux, avec un tout petit peu de tristesse et, si vous n’êtes pas observateur, il est impossible de le voir, mais un tout petit peu de mélancolie. Mais ma tante n’en sentait jamais depuis que nous étions venus à Istanbul, elle vivait dans le futur et m’avait appris à vivre dans le futur. Elle ne regrettait pas. Dans tous les cas, elle me dit « non » et partit. Je compris que ce « non » était un non définitif. 

Mais cela n’allait pas m’empêcher d’y partir. Je sentais toujours cette attraction et elle grandissait avec chaque coup de l’horloge. EIle commençait à me faire mal, à me brûler à l’intérieur. Alors, je décidai de partir secrètement. Je me faufilai par la fenêtre de la salle de bain. Voilà, j’étais en bas de la maison, ce n’était pas si dur que ça. Et après, mes pieds commencèrent à marcher encore une fois, tout seuls. Je me rappelai où j’avais éprouvé cette sensation, avec mes pieds qui marchaient tout seuls et mes yeux qui me picotaient. J’avais peur, juste peur, de la peur tout court. Et je commençai à chantonner en essayant de penser à autre chose et de faire passer le temps :
« Sur les collines des guillerets,
Dansaient des figures simplettes,
Sans cœur, sans yeux
Sans omniscience, ni sagesse.
Ne sachant pourquoi
Ni comment,
Elles dansaient sans arrêt
En espérant un jour qu’il cesserait,
Mais la grande figure tenait du fil,  
Du fil qu’on ne pouvait pas couper
Comme c’était ce qui les tenait debout. »

Et j’étais devant le cimetière, comme la dernière fois dans mon rêve, mais c’était juste un rêve, cette fois-ci c’était vrai. Cette fois, je commençai à marcher vers la tombe de mes parents toute seule, sans que mes pieds n’interviennent. Je savais, je ne suis pas sûr d’où, que si je n’allais pas bouger, mes pieds allaient encore une fois prendre le contrôle. Sı je ne pouvais pas contrôler, mieux valait prétendre avoir le contrôle que de me laisser prendre, comme les poupées. 

Je ne trouvais pas les fantômes de mes parents, comme dans mon rêve, mais plutôt Jayce qui regardait la tombe. Mais qu’est-ce qu’il faisait-là, il n’était pas censé être ici. Il ne m’avait jamais parlé de ses parents mais la tombe qu’il regardait était bel et bien la tombe de mes parents.
– Jayce , appelai-je. Qu’est-ce que tu fais ici ?
– Je me promène, m’expliqua-t’il.
– Dans un cimetière ? mais quel bon choix ! m’exclamai-je.
– J’étais venu voir mes parents.
– Mais cette tombe est la tombe de mes parents, Jayce.
– Oui, je sais. Comment s’est passé ton brevet ? me répondit-il d’un ton neutre, sans émotion, ni rien du tout.
– Bien, dis-je. 

Le reste de la journée, nous fîmes toutes sortes de choses avec lui, jouer, travailler. Je restai juste avec lui. Comme cela, je pouvais dire à ma tante que j’étais parti jouer avec Jayce. De cette façon, je ne lui aurais pas menti, je lui aurais juste dit un pieux mensonge. Ce n’est pas la même chose. Lorsque vous mentez, vous êtes obligé de choisir un événement qui ne s’est pas passé. Il y a mille et une choses qui ne se passaient pas à ce moment-là. Alors qu’un pieux mensonge, vous ne dites juste pas tout. 

Il était à peu près sept heures du soir, du dimanche, là maintenant, je décidai de préparer mon cartable pour l’école, et en plus j’avais le brevet de français. Juste d’y penser me faisait plus peur que mon fameux rêve. J’ouvris mon cartable et un pétale tomba par terre. C’était un pétale rouge, un peu froissé et taché de sang séché. Je sortis mon cahier, et un autre pétale sortit avec lui. Encore une fois aussi rouge que le magma ou la lave, (je n’avais pas écouté pendant le cours de SVT), avec des taches de sang. Et c’est seulement lorsque je vis une rose écrasée par mes cahiers, tout en bas de mon cartable, que mes yeux s’ouvrirent sur la réalité. Cette rose, je m’en rappelai de cette rose. C’était la rose que j’avais prise pour l’emmener sur la tombe de mes parents. Mais cela était impossible, c’était un rêve, juste un rêve, personne ne me croirait, mais c’était la réalité maintenant que j’y pensais. Et pour la première fois, je n’arrivais pas à l’accepter. Mes parents, je les avais vraiment vus…

Lina Guinard et Doga Baklacioglu, 4A

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