Spina Saeva (1)

Au fil du confinement et de l’enseignement à distance, des talents se sont révélés, des passions peut-être, un plaisir d’écrire et de raconter tout au moins.
Au fil des mots et des semaines, des chapitres ont été écrits et un premier roman clôturera l’année scolaire de certains élèves de quatrième.
Nous allons vous les présenter sous forme de feuilletons dans le Loti News, chapitre après chapitre, comme le faisaient les écrivains du XIXème siècle.

Nouvellement installés à Istanbul, les héros de ces romans vont nous livrer leur découverte de la ville et nous faire partager leurs aventures. Suivez-les et appréciez le travail et l’imagination de nos talentueux élèves, camarades et amis. 

Madame Atay


Couverture originale de Spina Saeva. © Doga Baklacioglu et Lina Guinard

CHAPITRE 1

Heperkamon est mon nom, je sais que vous allez probablement le lire encore et encore pour comprendre comment il se prononce. Répétez après moi, E /per /ka /monne.  Maintenant que vous connaissez la vraie prononciation de mon nom, que vous aviez probablement prononcé comme Eupeurkamon, je peux passer à mon prénom. Je m’appelle Maat Zalim et non pas Maat Zalin. J’ai 15 ans et je suis né le 31 décembre 2004 et non, je n’ai pas attendu un an avant de commencer l’école. C’est la plupart du temps le cas. Lorsque vous êtes né à la toute fin d’une année, vous commencez avec les personnes qui sont nées en 2005, donc ceux qui sont nés un an après vous. Mais moi, j’ai directement commencé l’école, c’est pourquoi j’étais toujours le plus petit dans ma classe. À un moment, le prof m’avait mis à côté d’un garçon qui était né en janvier. La classe m’appelait « le gamin », et ils appelaient le garçon « le boss ». Je me permets de vous rappeler qu’on avait seulement trois ans cette année- là. J’ai toujours détesté ces moments. Je disais mille fois à mes parents que je voulais être avec ceux qui avait un an de moins que moi mais non, non et non. Ils ne voulaient pas. A chaque fois, ils me disaient que j’étais beaucoup plus intelligent qu’eux, beaucoup plus mature, ouais, mon oeil.

Je suis égyptien et français, ma mère étant française et mon père égyptien. Je pense que vous savez où se trouve l’Egypte, en espérant que vous êtes meilleur en géographie que moi.  Vous vous rappelez quand j’avais trois ans, l’année avec le gars né en janvier ? Cette année-là, mes parents moururent dans un tremblement de terre. C’est pourquoi je commençai à vivre avec ma tante. Au début, je la détestais de tout mon coeur, de toute mon âme. Mais après, cela avait changé, peu à peu, je commençai à l’aimer, et maintenant je l’adore. Elle peut être parfois très protectrice ou des fois très aventureuse, des fois très organisée ou des fois très désorganisée. Il n’y a pas de milieu pour elle, ou c’est beaucoup, ou c’est rien du tout. 

Maintenant, passons à la chose la plus importante dans tout ce que je voulais vous dire : ma nourriture préférée. J’ai beaucoup réfléchi, cela m’a pris du temps mais je pense que j’ai fait le bon choix.  C’est les falafels. Mais que c’est bon, que c’est délicieux !!! Je les adore. Des falafels avec de la glace, n’importe quel type de glace, c’est juste parfait. Je ne veux pas arrêter de parler sur les falafels mais je le dois car je peux en parler des heures et des heures si je continue. Maintenant qu’on parle des falafels, je vais juste raconter quelque chose de plus, cette fois, c’est vraiment la dernière fois que je parle sur les falafels. Je me rappelle de mes huit ans lorsque je m’étais empoisonnée en les mangeant. Ma tante me regardait d’un air curieux, comme si elle était choquée en pensant que je n’étais pas mort après les avoir mangés. Non je rigole, elle était probablement dans sa version surprotectrice, en train d’être sûre que rien de mal ne m’arrivait. 

D’ailleurs, est-ce que je vous ai parlé de l’orientation historique de ma famille, probablement pas, car je déteste ce sujet. Ma mère et mon père étaient archéologues, ma tante est professeure d’histoire dans une université, mes oncles, des professeurs d’histoire de primaire, etc. Vous avez compris l’idée. Que c’est agaçant ! Moi, je veux devenir quelque chose, je ne suis pas sûre quoi, mais je suis sûre que je ne veux pas avoir un métier en rapport avec l’histoire. Je peux devenir tout ce que je veux et si je veux, je peux ne rien devenir, comme ma famille est aisée, mais je répète, rien en rapport avec l’histoire.

Avant d’arriver en Turquie, je vivais en Egypte, au Caire, précisément à Heliopolis. C’était un pays très intéressant. Ma tante, un jour, me cria de l’autre chambre de venir, car elle ne veut jamais venir à côté de moi.  Elle me dit qu’on partait encore une fois, avec un regard sérieux et un peu triste, rempli de mélancolie pour l’Égypte et peut-être un peu de regret. Ce qui n’est plus surprenant maintenant. On déménage beaucoup donc cela ne m’avait pas rendue triste. C’est son regard qui m’intéressait beaucoup. C’est la même chose à chaque fois. Lorsque je vois ce regard inexplicable, je suis rempli d’une curiosité que je ne pourrai jamais éteindre. Dans tous les cas, elle me fit comme d’habitude, son discours classique avec, « fais attention dans l’aéroport à ça, ne laisse pas ton cartable ouvert » et une multitude de choses que j’ai oublié au moment où elle me les a dites. Elle m’annonça que nous partions cette fois-ci parce qu’elle avait trouvé une meilleure université et qu’on aurait beaucoup plus d’argent là-bas. C’était la même raison que toutes les autres fois. Ensuite, le brouhaha des aéroports, le vroom de l’avion, et voilà nous étions en Turquie. J’ai directement sauté le moment où les gens nous poussaient, heurtaient, bousculaient de tous les côtés car ce n’était pas de très bons souvenirs.

Voilà que j’étais en Turquie, avec un nouvel endroit, une nouvelle langue et une nouvelle culture à déchiffrer jusqu’à ses plus petits détails. Lorsque ma tante et moi, nous sortîmes de l’aéroport, je fus choquée. Il y avait beaucoup plus de verdure en Turquie qu’en Egypte. La langue, je  ne veux même pas en parler. Mais c’est du chinois, ouesh, non, pas du chinois, du japonais (comme je sais parler le chinois). Et comme si ce n’était pas assez, les gens parlaient à une vitesse, mais à une vitesse, anormale !  En partant, vous deviez voir mon visage et celui de ma tante. En Égypte, les voitures roulent sans penser aux règles : « feu rouge, c’est quoi ça ? » c’est un mot inconnu pour eux. Là, au moins, ils s’arrêtaient, même si les gens parlaient, ou plutôt criaient, toutes sortes d’insultes avec leur klaxon. 

Nous cherchâmes un bus dans les entourages, sans résultat, lorsqu’un chauffeur de bus vint à côté de nous pour nous dire de monter dans son bus. Je vais être sincère, ce jour était peut-être l’un de mes jours les plus chanceux. S’il n’y avait pas eu ce monsieur avec son bus, nous aurions probablement dormi par terre, dans la rue.

Nous arrivâmes chez nous et j’eus une envie de mangue comme je n’en avais pas mangé depuis longtemps. Là, la réalité me donna une claque, lorsque j’en demandai à ma tante et qu’elle me dit qu’il n’y avait pas de mangue en Turquie. Comment est-ce que je vais vivre maintenant ? Le stress m’envahissait. C’est pourquoi je fis un des meilleurs choix de toute ma vie entière et je décidai de me promener pour observer les gens, dans un quartier que je ne connaissais pas, dans les rues d’Istanbul. 

Lina Guinard et Doga Baklacioglu, 4A

Une réflexion sur “Spina Saeva (1)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s