Ibn Battûta, de son nom complet Abû ‘Abd Allâh Muhammad ibn ‘Abd Allâh al-Lawâtî at-Tanjî, est l’un des plus grands voyageurs de l’histoire. Né en 1304 à Tanger, au Maroc, il est surtout connu pour avoir parcouru plus de 120 000 kilomètres à travers l’Afrique, l’Asie et une partie de l’Europe, bien avant l’époque des grandes explorations européennes.
Un pèlerinage devenu un tour du monde
En 1325, Ibn Battûta, 21 ans, quitte son Maroc natal pour un pèlerinage qui devait durer 16 mois. Il rentra chez lui 24 ans plus tard après avoir parcouru une distance de 117 000 km, la meilleure expérience de tout explorateur pré-moderne, et avoir parcouru presque tout le monde connu :
- L’Afrique du Nord et de l’Ouest (jusqu’au Mali),
- Le Moyen-Orient (Égypte, Arabie, Irak),
- L’Empire perse (actuel Iran),
- L’Asie centrale (Ouzbékistan, Kazakhstan),
- L’Inde, où il devient juge à Delhi,
- Les Maldives, où il est nommé qadi (juge religieux),
- La Chine, sous la dynastie Yuan.

Il serait même allé jusqu’en Indonésie et aurait fait un passage en Andalousie, dans le sud de l’Espagne, à l’époque musulmane.
Le voyage initiatique : Tanger à La Mecque
Son premier voyage en 1325 l’emmène à travers l’Afrique du Nord (l’Algérie, la Tunisie, la Libye, puis l’Égypte). Ibn Battûta utilise des routes caravanières, rencontre des bédouins, traverse des déserts, et découvre des villes cosmopolites comme Le Caire. De là, il suit le Nil, remonte vers Damas et arrive à La Mecque.

Leemage / AFP
À La Mecque, il passe plusieurs mois et décide de ne pas retourner à Tanger. Il est désormais animé par une soif de savoir, mais aussi de découverte.
À la découverte du monde islamique : vers l’Irak, la Perse et l’Asie centrale
Après son pèlerinage, Ibn Battûta part à la découverte des terres de l’Est. Il traverse l’Irak, visite Bagdad, puis s’aventure en Perse. Il explore ensuite les routes commerciales de la mer Caspienne, l’Asie centrale (Boukharâ, Samarcande) et entre même en contact avec les Mongols convertis à l’islam.

En Inde : une ascension remarquable
En 1333, Ibn Battûta arrive en Inde, un territoire vaste, riche et culturellement complexe. Il est reçu à la cour du sultan Muhammad Ibn Tughluq, à Delhi, où il impressionne par son érudition. Le sultan le nomme alors qadi (juge religieux) de la capitale. Cette période marque un tournant dans son voyage : il vit au cœur de la haute société indienne, assiste à des cérémonies et observe la diversité religieuse du sous-continent.
Mais la politique instable du sultanat rend sa position dangereuse. À plusieurs reprises, il échappe à des complots de cour. Finalement, Muhammad Ibn Tughluq l’envoie comme ambassadeur auprès de l’empereur mongol de Chine, via les Maldives et le Sri Lanka.

Les îles et l’Extrême-Orient
Son passage aux Maldives est surprenant : il y reste plusieurs mois et y exerce de nouveau la fonction de qadi. Il critique cependant le manque de rigueur religieuse de la population et se heurte à des coutumes locales étonnantes, comme le rôle influent des femmes dans la société.
Il poursuit ensuite sa route vers Ceylan (actuel Sri Lanka), puis embarque pour le Sud de l’Inde avant de naviguer vers la Chine, probablement en passant par Sumatra. Il découvre une civilisation très différente, qu’il décrit avec curiosité et respect : villes bien organisées, systèmes administratifs efficaces, et tolérance à l’égard des étrangers.
Le retour et la rédaction de la Rihla
Après plus de 24 années de voyage, Ibn Battûta rentre enfin au Maroc en 1349. Il visite ensuite Grenade, en Andalousie, puis repart une dernière fois en Afrique subsaharienne, jusqu’au Mali, où il décrit la ville de Tombouctou, la richesse du roi Mansa Moussa, et les coutumes locales.

À son retour au Maroc, en 1354, le sultan mérinide lui demande de raconter ses voyages. Un érudit de la cour nommé Ibn Juzayy les met alors par écrit dans un ouvrage célèbre : « La Rihla » (Le Voyage). Ce récit est une source précieuse pour les historiens, car il décrit les coutumes, les sociétés et les paysages du monde islamique au Moyen Âge, souvent avec un regard étonné ou critique.
Un témoignage précieux sur le monde du XIVe siècle
Ibn Battûta meurt vers 1377. Longtemps oublié en Occident, il est aujourd’hui reconnu comme un explorateur majeur, aux côtés de Marco Polo. Son témoignage dépasse le simple récit de voyage : il offre une photographie vivante du monde islamique médiéval, de ses croyances, ses échanges et ses contradictions.
Article de Zaid Ezzarrad
Ibn Battuta en 5 époques :
1. Le départ : Tanger à La Mecque (1325)
➡ Début du pèlerinage (hajj) → Afrique du Nord → Égypte → Damas → La Mecque
📌 Premier voyage initiatique
2. Vers l’Irak, la Perse et l’Asie centrale
➡ Après La Mecque → Bagdad → Perse → Asie centrale (Samarcande, Boukharâ)
📌 Rencontre avec les Mongols islamisés
3. En Inde (1333)
➡ Arrivée à Delhi → Nomination comme juge → Problèmes politiques
📌 Mission diplomatique vers la Chine
4. Les Maldives et l’Extrême-Orient
➡ Maldives → Ceylan (Sri Lanka) → Sumatra → Chine (dynastie Yuan)
📌 Description culturelle et politique de l’Asie orientale
5. Le retour et les derniers voyages (1349-1354)
➡ Retour au Maroc → Grenade (Espagne) → Empire du Mali (Tombouctou)
📌 Témoignage sur l’Afrique de l’Ouest
➡ Récits dictés à Ibn Juzayy → Mort vers 1377
📌 Héritage historique et spirituel durable
Pour aller plus loin :
