Spina Saeva (9 et fin)

Couverture originale de Spina Saeva. © Doga Baklacioglu et Lina Guinard

CHAPITRE 7

Des cossards se dressaient devant la porte pour mendier. Je me précipitai dans l’allée blanche. Des individus couraient de part et d’autre. L’air était infesté d’une ombre lugubre hantant les quatre coins du bâtiment. J’accélérai ma vitesse. Des gouttes de sueur perlaient sur mon front. Des patients languides et étiques se promenaient dans les vastes couloirs. Leurs yeux brillants de tristesse venaient ajouter à l’atmosphère un air encore plus obscur. Je doublai ma rapidité. D’autres individus affables se hâtaient dans tous les sens pour épauler ces gens. Des mortels exsangues  comptaient leurs secondes dans leur lit envahi de sang. Un capharnaüm organisé régnait dans la chambre insalubre. Des affres me heurtaient de plus en plus. Cependant, mon cœur se contentait de voler, comme mes jambes s’étaient passées de séjourner dans le sépulcre. La chambre se représenta finalement sous mes yeux. J’entrai.

Son corps faible était marqué d’horions. Son âme hâbleuse ne laissait sortir de sa bouche aucun terme. Cette allure étouffante, tournait qui que ce soit dans la chambre pessimiste ne laissant point d’espace à l’espoir presque perdu. Mes yeux devenaient des menteurs farouches transformant les alentours en  êtres interlopes. Mes mains, éprouvant une forte envie, avaient commencé à abraser les murs créant des petites dentes à peine visible. De ses yeux rougeâtres, il me ciblait d’agonie. Des circonlocutions se formaient dans ma tête pour disparaître momentanément. J’enclorai mes pensées suborneuses. J’oubliai qu’un autre monde que celui dans lequel j’étais, obstinément mené, existait. J’étais devenu agelaste au  moment où j’avais mis un pied à l’intérieur de cette chambre sinistre. Devant moi se retrouvait Jayce. 

« Qui t’a heurté ?
– Je ne sais pas, me répondit-il faiblement.
– Vous avez parlé à la police ?
– Je n’ai pas pu, on m’a directement emmené dans cet enfer, murmura-t-il.
– Mon pauvre, je te plains. J’espère que cela ne va porter atteinte à  aucune joie dans cette vie tumultueuse. Depuis combien de temps es-tu là ? Le questionnai-je. 
– Cela fait maintenant trois jours, répliqua-t-il en fermant les yeux.
– J’imagine que tu t’ennuies, remarquai-je.
– Ma seule occupation est de rêvasser, je rêve de marcher, courir et de bonheur, m’annonça-t-il avec espoir.
– L’imagination est le meilleur remède.
– C’est beau de pouvoir imaginer sans limite, confirma-t-il.
– Sinon, les médecins sont-ils optimistes pour ta guérison ? Interrogeai-je.
– Ce matin, ils m’ont dit que j’avais trois côtes fracturées, une jambe cassée et un cou brisé, bien qu’ils assurent que je sois hors de danger, mon rétablissement prendra un certain temps, me dit-il.
– N’oublie pas que je suis avec toi, pour rien au monde je ne t’abandonnerai, lui certifiai-je.
– Ma mère m’a répliqué la même chose lorsqu’elle est venue, se moqua-t-il.
– Au fait, comment t’es-tu retrouvé au cœur d’un malheureux accident ? Lui demandai-je.
– J’avais pris un taxi pour rentrer chez moi, il roulait à une vitesse convenable puis soudain une voiture venant d’une rue à droite nous heurta d’une violence extrême. Je pense qu’après ceci  je suis tombé en pâmoison, raconta-t-il.
– Cela devait être un sacré choc, affirmai-je.
– Je t’ai dit que j’avais l’étoffe d’un cascadeur, ajouta-t-il.
– Pour t’apporter un peu de joie, dans ce monde si noirci par les flammes du destin, je t’ai acheté un cadeau ! déclarai-je.
– Je me demande ce que c’est, mais je suis sûr que cela va me plaire. Tu me connais si bien ! S’écria-t-il.
– Alors voilà c’est un nouveau jeu vidéo, Starkbloc, qui vient de sortir il y a à peine deux heures. Heureusement que tes mains sont intactes pour pouvoir jouer !
– Je ne pouvais pas rêver meilleur ami que toi, mais je te préviens, notre première partie sera remportée par le meilleur, c’est-à-dire moi, déclara-t-il.
– C’est ce qu’on va voir, mais je crains que nous devions jouer notre partie une autre fois car l’heure des visites est malheureusement terminée.
– Ok, à la prochaine fois, confirma-t-il en souriant.
– Bye »

Je sortis de cet hôpital, ressemblant plutôt à un enfer. Il faisait extrêmement froid, l’air était si humide que je grelottais. Voir des cossards, si désespérés, me brisait le cœur. Ils étaient affublés d’un simple pantalon, dans cet hiver d’une puissance sans faille. Je partis en direction de ma résidence la tête lourde. J’appréhendais la réaction de ma bien-aimée, elle me faisait de moins en moins confiance mais j’en ignorais la raison. Depuis ce matin, aucun aliment n’était venu abréger ma faim. Je décidai donc de m’acheter un hamburger à l’endroit habituel. Afin de trouver de la vaillance dans mon âme, je m’installai sur un banc en réfléchissant à tout ce qui venait de se dérouler, du moins ces dernières semaines. La tristesse m’envahit. A ce moment précis, je regrettai de n’être point resté à Istanbul avec ma tante. Je songeais à mes années de collégien en compagnie de Jayce et Théodore, je me sentais si bien. Pourquoi être parti si vite à l’autre bout du monde ? C’était une pure folie. Le rythme de mon cœur s’accélérait au fur et à mesure des souvenirs inondant mon être si fragile. « Suivre son cœur » était la phrase répétée sans cesse par mon entourage. C’était ce que j’avais fait mais pourtant le bonheur n’y était pas. Je bondis de mon banc et décidai d’assumer. A partir de maintenant j’étais prêt à tout.

Lorsque j’ouvris la porte de ma résidence, Jacinthe était face à moi. Elle me foudroya du regard, ses yeux reflétaient une profonde colère, si intense que je ne pouvais guère la regarder. Je sentais qu’une dispute sans faille allait naître entre nous et qu’un trou béant allait faire surface. 
« Je t’avais attendu pour le déjeuner mais visiblement autre chose de plus important t’empêcha de manger, dit-elle sèchement.
– Evidemment qu’il y avait une chose plus importante. Jayce a malencontreusement eu un terrible accident, alors je suis allé le voir pour le soutenir dans cette épreuve difficile, répliquai-je.
– Rien ne t’empêchait de m’en informer, à moins que tu aies perdu ton téléphone comme ton amour envers moi ! cria-t-elle.
– Tu es injuste, je fais ce que je peux mais ne me rabroue pas car ceci est très blessant. A chaque fois que je te propose de faire une activité ensemble, tu refuses sous prétexte que tu n’as pas le temps. Tu me demandes de ne pas faire de bruit, et en plus de ne pas te déranger, c’est ce que j’ai fait, hurlai-je.
– C’est ce que je te disais les jours de cours mais le dimanche comme aujourd’hui je suis toute ouïe.   
– Sauf qu’après c’est moi qui n’ai pas le temps ces jours-ci.
– Tu veux dire que tu n’as plus de temps pour moi ? Que tu ne m’aimes plus. Tes sentiments envers moi ne sont-ils que de l’histoire ancienne ? m’interrogea-t-elle avec indignation.
– Tu veux me faire regretter, n’est-ce pas ? Mais ce conflit est entièrement de ta faute !
– Réponds à ma question une bonne fois pour toute, répéta-elle.
– Pourquoi dois-je le faire ? Je ne suis pas ton esclave ! 
– S’il faut que moi aussi j’aie un terrible accident ou que je me blesse, je le ferai au moins pour avoir ton attention !
– Tout ce que tu dis est un caprice car je connais tes défauts et la jalousie est l’un d’eux. Te rappelles –tu de notre invitation chez ta sœur ? J’ai bien vu ton regard fébrile lorsqu’elle me regardait ? constatai-je.
– Refuses-tu de répondre à ma question car ton cœur ne répond plus au mien? Regrettes-tu de t’être installé avec moi ? s’offusqua-t-elle.
– Chaque mercredi, je te propose d’aller au cinéma et madame refuse, ajoutai-je.
– Peut-être parce que je le déteste!
– Et la fois où tu avais oublié ton masque lors d’une promenade. Tu étais partie le chercher mais tu n’es jamais revenue. J’avais attendu plus d’une heure dans le froid, m’énervai-je.
– Tu ne penses qu’à toi, jamais tu t’es demandé ce qui pourrait éventuellement me plaire ! Connais-tu ma couleur préférée, mon sport favori ? Au fond, tu ne me connais même pas, assura-t-elle.
– Comment veux-tu que je le sache, on n’a jamais vraiment de conversation, déclarai-je avec détermination.
– Que cela cesse, j’en ai marre de cette frustration dont je suis prisonnière avec toi ! 
– Que veux-tu dire par frustration? Demandai-je avec suspicion.
– Je te le demande une dernière fois et tu dois obligatoirement me répondre. Aucun compromis n’est envisageable. Ton cœur s’enflamme-t-il à mon égard ? Me questionna-t-elle.
– Tu ne peux pas me demander une chose pareille ! 
– Donc tu ne m’aimes plus, je le savais ! s’écria-t-elle, avec désespoir.
– Mon cœur autrefois enflammé s’est éteint », annonçai-je.

Jacinthe, complètement dévastée, quitta l’appartement en claquant la porte d’une violence excessive. Plus rien désormais ne m’empêchait de retourner vers mon bonheur. Je partis prendre mon ordinateur, encore sous le choc de ce conflit amoureux, pour réserver un billet d’avion à destination d’Istanbul. 

FIN

Doga Baklacioglu et Lina Guinard Ebeid, 4A

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